Mémoires du général Cluseret, I, p
2. Voyez de curieuses citations des « rapports Moreau » dans les récents Souvenirs de M. le général Bourelly {Correspondant du 10 sep tembre 1900).
du système militariste n'était-elle pas le germe d'une trahison?
Gluseret, durant les semaines où il eut la direction militaire de la Commune, s'abstint scrupuleusement de porter les iusignes de son grade et d'afficher des allures de généralissime ; il adressa une proclamation à la garde nationale contre la manie ridicule du galon, des broderies, des aiguillettes; il laissa la Commission executive supprimer le grade de général comme incompatible avec l'organisation démocratique de la garde nationale1, et poussa même la réserve jusqu'à dépouiller l'uniforme. Jamais l'axiome de la « liberté » républicaine : cédant arma togœ, ne fut plus rigoureusement observé2. Mais les suspicions instinctives ne désarmèrent point; le seul titre de général rapporté par Cluseret de la libre Amérique suffisait à les éveiller; et son arrestation à la fin d'avril, motivée par l'échec d'Issy3, fit l'effet à certains membres de la Commune, comme Delescluze et Félix Pyat4, d'une de ces mesures de précaution républicaine qu'on ne multiplie jamais assez. Après le général Cluseret, le colonel Rossel fut à son tour suspect, d'autant qu'il avait antérieurement servi dans l'armée régulière. « C'est l'élément militaire qui domine toujours, disait alors Delescluze; et c'est l'élément civil qui devrait toujours dominer5. » De défiances en défiances, la