Fiaux, op. cit., p
l'insurrection des rras nus 153
Commune en vint à donner à Delescluze, un journaliste, la direction des forces militaires, et à installer des commissaires civils, MM. Léo Meillet, Johannard, Dereure, aux côtés des généraux. « La Commune, proclama le nouveau délégué àla guerre, a pensé que son représentant dans l'administration militaire devait appartenir à l'élément civil1. » On était alors au 10 mai : les progrès constants de l'armée de Versailles rendaient chaque jour plus précaire l'avenir de la Commune. Delescluze ne craignait point, clandestinement, d'incliner la toge devant les armes en allant consulter Rossel retraité2. Le 21 mai, tout parut perdu : alors Delescluze et le Comité de Salut public, condensant en un manifeste suprême la fermentation de leurs préjugés et le bouillonnement de leurs chimères, crièrent à la populace de Paris, de toute la force de leur angoisse : « Assez de militarisme, plus d'étatsmajors galonnés et dorés sur toutes les coutures! Place au peuple, aux combattants, aux bras nus ! L'heure de la guerre révolutionnaire a sonné3. » En ces jours d'agonie qu'expia cruellement la mort des otages, la Commune imputait ses désastres à ce qu'elle avait conservé d'appareil militaire; et les antiques chimères du parti républicain sur l'invincible vertu de la levée en masse tentaient un appel, à demi désespéré, à l'insurrection des bras nus. En un dernier soubresaut, la Commune se retrancha dans l'arsenal des souvenirs révolu-