‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 168 sur 331 · UN RAPPORT DE JEAN MACÉ · texte numérisé non relu

UN RAPPORT DE JEAN MACÉ

bientôt sur le terrain pratique. « Il y a, dit-il, une manière de comprendre le patriotisme dont la patrie peut souffrir cruellement. » Et il la définit : c'est la fascination des idées de violence et de conquête ; elles entraînent des représailles, des périls, des contre-coups néfastes. Voilà donc un point où le premier devoir du citoyen est le même que celui du maçon : il doit consacrer toute son énergie à se mettre en travers de pareilles idées. Le vrai patriotisme consiste à assurer à son pays « la palme du progrès dans l'instruction ou dans la civilisation », et voilà un second point où le devoir du citoyen est le même que celui du maçon : d'autant, ajoute Macé, que le « progrès d'instruction et de civilisation réalisé par un peuple profite toujours aux autres ». En résumé, conclut-il, « le patriotisme et la maçonnerie, placés à une hauteur inégale sur la même échelle, ne font qu'an dans la pratique; la vraie manière d'être patriote, c'est de l'être à la façon des maçons ». Macé ne pouvait quitter ses frères de YAlpina sans dire une dernière fois sa surprise au sujet des récriminations allemandes : « Soyons fermes, s'écria-t-il. La maçonnerie a un rôle tout tracé dans les jours néfastes que nous traversons, c'est d'être partout à l'avant-garde du parti de la paix, de celle qu'appelaient de leurs vœux les maçons signataires du manifeste de Kehl. Ce rôle, elle pourra, ici ou là, l'oublier ; mais il lui est interdit par ses principes de le répudier; quiconque le répudierait de parti pris ne serait plus maçon. »

Cependant, quelle que fût l'adresse de François Favre à commenter les insultes allemandes ou

la complaisance de Jean Macé à les oublier, une question se dressait, qu'on eût pu croire impossible à éluder : quels devaient être, désormais, les rapports officiels entre la maçonnerie française et la maçonnerie allemande? Le grand maître, Babaud-Laribière1, et les membres du Conseil de l'Ordre, avaient à cet égard les dispositions les plus pacifiques. Babaud-Laribière, dans une circulaire du 1er août 1871, expliqua que nos malheurs seraient aggravés « si, l'enquête venant à démontrer que la maçonnerie allemande a été complice des crimes de la politique prussienne, le Grand- Orient de France était obligé de rompre ses relations avec nos frères d'outre-Bhin2 ». Le grand convent se réunit en septembre : Poulie, plus tard président à la cour d'appel de Poitiers, était chargé du rapport sur la question allemande ; il le fit très succinct, et conclut à l'ajournement de toute solution jusqu'à plus ample enquête3. L'un des meilleurs amis de Jean Macé, Duclaud, plus tard député de la Charente, remplissait dans ce convent les fonctions d'orateur : son devoir était de résumer les discussions. Rivalisant de laconisme avec Poulie, il se contenta de dire : « La gravité de la question des rapports avec les puissances allemandes ne vous a point échappé, et votre prudence l'a écartée par un sentiment sur lequel aucun de nous ne s'est fait illusion4. » Sur ces entrefaites, l'assemblée se sépara; on ne voit pas

1. Voir, sur ce personnage, devenu préfet après le Quatrc-Septcmbre, le Monde maçonnique, 1873-1874, p. 43.

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