‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 17 sur 331 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

soir est aussi belle que le prône du matin. Mais prenons-y garde : la Ligue de l'Enseignement veut être l'éducatrice de la conscience nationale; elle travaille sur une réalité et veut susciter des réalités ; et voici que l'humanitarisme prêché par M. Rayot, applaudi par M. Edouard Petit, propagé par les conférenciers populaires, aboutit à une juxtaposition anarchique de consciences autonomes, et convie nos enfants et nos adultes à rêver d'une société sans lois, d'un évanouissement de l'État, d'une sorte d'état de nature où se produira comme une génération spontanée de l'harmonie des hommes. Tant que la France sera sur terre et non dans les nuages, et tant que sur terre elle aura des voisins, nous nous demanderons avec tremblement s'il est de l'intérêt du pays et de l'avantage de la République que des associations pédagogiques qui affectent un caractère semi-officiel embrigadent nos éducateurs, jadis chargés par Paul Bert de servir la patrie, et qu'elles les fourvoient et qu'elles les grisent en les invitant à devenir les desservants de je ne sais quelle Église de l'Humanité.

Entre cette haute religiosité, lauréate de la Ligue de l'Enseignement, et les incongruités antimilitaristes du fameux Pioupiou de F Yonne, péniblement acquittées par le jury d'Auxerre, on aurait tort de croire que la distance est grande ; M. Victor Hervé et M. Emile Rayot ont installé leur pensée sous les mêmes latitudes intellec-

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