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LES RÉCIPISCENCES : M. SULLY-PRUDHOMME

ses colères un peu âpres, ne trouvèrent beaucoup d'imitateurs1 : la France, digne et fière, et trompée sans doute, mais s'étant elle-même trompée, avait mieux à faire, en présence de son vainqueur, que de jouer au dépit amoureux; elle se replia sur son for intime, que la victoire étrangère n'avait pu violer, et l'on vit, sur beaucoup de lèvres, le repentir faire explosion.

Repentir : ainsi s'intitulèrent, sans plus d'ambages, les strophes de haute portée, sereines encore en leur franche tristesse, dans lesquelles un jeune poète osa faire, au nom de sa patrie, une coulpe publique :

Je m'écriais avec Schiller :

« Je suis un citoyen du monde,

En tous lieux où la vie abonde

Le sol m'est doux et l'homme cher.

Où règne en paix le droit vainqueur,

Où l'art me sourit et m'appelle,

Où la race est polie et belle,

Je naturalise mon cœur.

Mon compatriote, c'est l'homme!...»

Naguère ainsi je dispersais

Sur l'univers ce cœur français :

J'en suis maintenant économe...

La résolution ratifiait l'aveu, et M. Sully-Prudhomme continuait :

De mes tendresses détournées Je me suis enfin repenti; Ces tendresses, je les ramène Étroitement sur mon pays, Sur les hommes que j'ai trahis Par amour de l'espèce humaine.

1. Il faut citer, pourtant, la protestation positiviste de Robinet et de Stupuy, le 3 octobre 1870, au nom de la République occidentale :

Pris d'une piété jalouse Et navré d'un tardif remords, J'assume ma part de tes torts, Et ta misère, je l'épouse1.

Nombreux à cette date étaient les Français qui, comme M. Sully-Prudhomme, prenaient congé d'une humanité abstraite en s'accusant de trahison et venaient épouser la misère de la France pour racheter leur infidélité à l'endroit de ses vieilles gloires2. N'était-ce pas, jadis, une doctrine reçue, et volontiers caressée dans la neutralité des laboratoires, que la science n'a pas de patrie? Une voix n'attendit qu'une occasion pour s'insurger, celle de Pasteur : « Si la science n'a pas de patrie, pensait-il, le savant en aune » ; cette vérité de bon sens dictait à l'immortel chimiste le message, demeuré fameux, qu'il adressait au doyen de la Faculté de médecine de Bonn3; et c'en fut fait, pour quelques années, de ce que Caro appelait, d'un mot fort exact, le « quiétisme scientifique » d'antan4.

Taine, à son tour, en cette heure de crise, effaçait de sa pensée les premiers linéaments du livre

• L'Allemagne a renoncé à la parenté occidentale et s'est mise au ban de l'humanité. » <La Libre Conscience, 1870, pp. '211-216.)

1. Sully-Prudhomme, Poésies... Impressions de la guerre, 1865-1872 (Paris, Lemerre, 1872).

2. Rapprocher, sous une forme singulièrement plus vive, les propos de Flaubertqui.la veille encore, était le plus insouciant des humanitaires et qui dénonçait désormais « l'invasion des docteurs es lettres, cassant des glaces à coups de pied et volant des pendules ». (Flaubert, Correspondance. IV. p. 00. Paris. Charpentier. 189-2.)

3. L'épisode, qui fait grand honneur à Pasteur, est raconté dans le beau livre de M. Yallery-Radot : la Vie de Pasteur, pp. 269-274 (Paris, Hachette. 1900).

4. Caro, les Jours d'éju-eme, 1870-1871, pp. 110-112 : « Pour les penseurs vraiment affranchis, nous disait-on, non sans quelque affectation d'un

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