Séance du 31 mai
2. Séance du 29 mai 1872. — M. Saint-Genesfc écrivait vers cette époque : «Depuis près d'un siècle que ce peuple demande les armées citoyennes animées du souffle révolutionnaire, il semblerait vraiment que Dieu ait voulu lui laisser faire la terrible expérience.» {Lettres d'un soldat, p. 2.S9-) — Cf., au sujet de l'esprit militaire, cette parole de Trochu : « L'esprit militaire, c'est une force tranquille, effective, disciplinable, qui est solide et qui dure. J'ai dit que nos adversaires les Prussiens avaient la fortune d'en apprendre les mérites, dès leurs premiers jours dans la vie. » (Trochu, op. cit., II, p. 193. — La Commune elle-
passer pour militariste, comme l'on dirait aujourd'hui : M. Farcy, attaquant le fétichisme du galon, souleva des rumeurs hostiles1 ; et, lorsque Denfert- Rochereau critiqua l'obéissance passive prolongée et accusa les mœurs de l'armée de tendre à l'abrutissement des hommes, il fit un succès, sans le vouloir, aux protestations indignées de Changarnier2.
Le temps était étrangement lointain, encore que tout proche, où l'on parlait avec emphase, dans les clubs parisiens, de « l'armée disciplinée qui avait capitulé à Sedan », des « armées indisciplinées qui avaient sauvé la France en 17923 », et des quinze millions de combattants que donnerait la levée en masse 4. On avait cessé de croire a la verlu de l'indiscipline et d'estimer qu'il sufht de quinze millions de capotes pour créer quinze millions de soldats. On redisait avec l'un des poètes qu'aimait alors la jeune République, M. Paul Déroulède :
La guerre est une tâche et non une équipée. Ce n'est pas en un jour qu'on refait une armée, Que des soldats sont prêts, des chefs bien obéis; Ce n'est pas en un jour qu'on refait un pays5.
même, comme le remarquait Agricol Perdiguier, avait témoigné, sans le vouloir, contre ses propres conceptions antimilitaristes, puisque, « malgré la levée en masse de dix-neuf à quarante ans et des directeurs militaires de son choix, elle n'avait pu percer les lignes versaillaises et s'était laissé prendre forts, remparts, barricades». {Conseils d'un ami aux républicains, p. 35. Paris, chez l'auteur, 1873.)