ROLE DE THIERS 1S
Thiers courbait ses amis de gauche sous le poids du témoignage de Camille Roussel pour établir que les volontaires de la République héroïque, s'ils n'eussent été encadrés par les restes de l'ancienne armée, auraient fait une assez triste figure1 ; et Ghanzy ne rencontrait que de faibles oppositions lorsqu'il réclamait, dès le mois d'août 1871, en dépit des ménagements que Thiers eût voulu garder, la dissolution des gardes nationales2. Car la gauche, justement ambitieuse d'apparaître comme un parti de gouvernement, se refusait désormais à dire : « Périsse la France plutôt qu'un principe!» Elle accordait crédit à Thiers lorsqu'il s'écriait: «Il ne s'agit que de la France et de l'armée; la Révolution n'a rien à y voir» ; et, lorsque Chanzy déclarait qu' «on ne fait pas de démocratie quand il s'agit de l'organisation de l'armée3 », l'auditoire attentif, qui saluait en Chanzy, suivant le mot de son biographe, « l'idéal du soldat, le type militaire que la France avait dans l'esprit4 », esquissait, tout de suite, des gestes d'adhésion.
Que la République naissante se laissât imposer par l'ancien ministre d'une royauté bourgeoise les règles fondamentales de son organisation militaire : c'était un signe évident que l'intérêt patriotique était exclusivement envisagé. Thiers posa la question de confiance ; et Trochu, qui réclamait le service obligatoire à court terme5 et qui ralliait