‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 184 sur 331 · Chuquet, le Général Chanzy, pp · texte numérisé non relu

Chuquet, le Général Chanzy, pp

5. Séance du 7 juin 1S72. — Cf. Trochu, op. cit., I, pp. 606-609, et II,

à cette idée, dans l'Assemblée nationale, la majorité des opinions, n'obtint en sa faveur que la minorité des votes. Il avait l'adhésion latente de ses collègues, mais Thiers eut leur confiance; le service de sept ans fut accepté.

Les divers partis suivaient Thiers sans l'aimer. On se rendait compte, à droite, qu'en perpétuant par sa présence au pouvoir un provisoire anonyme, il habituait les esprits à l'idée de la République; et les hommes de gauche, naguère accoutumés à mettre sous l'étiquette « République » un ensemble de doctrines et d'aspirations singulièrement incompatibles avec l'utilitarisme patriotique de Tbiers, s'amusaient parfois à concerter contre leur importun mentor d'assez vilaines gamineries : l'élection de M. Barodet fut la plus gênante. Le Chef du pouvoir exécutif laissait faire; il garda la présidence tant qu'il la put garder, parmi la double ingratitude des circonstances et des hommes; il agit à l'endroit de la France comme agissent, à l'égard des familles dont ils ont à réparer les infortunes, ces tuteurs systématiquement sévères et presque disgracieux qui préfèrent aux mariages d'amour les mariages de convenance et aux amusements de la sociabilité le souci d'un bon train de maison. L'on avait vu la France, sous le second Empire, se lancer dans le tourbillon du monde européen et prodiguer en amabilités le meilleur de son sang, de son or et de son cœur; tantôt, avec cette courtoisie facile que donne une coquet-

pp. 244-Î45. — Dès 1827, le général Morand, dans son livre : l'Armée selon la Charte, réclamait le service obligatoire à court terme (Troch v op. cit., II, p. 190).

Invectives de garîbaldi 195

terie sûre d'elle-même, elle laissait le pas à la Prusse; et tantôt, de sa main charitable, elle recueillait une demi-misère en mal d'opulence, et l'Italie était faite ; s'abandonnant aux généreuses rêveries des partis démocratiques, la France affectait de s'oublier elle-même pour penser à l'humanité; et quelques jeunes hommes entreprenants, qui commençaient à faire autour d'elle les empressés, lui chuchotaient à l'oreille, contre ses anciennes gloires militaires, de frondeuses et banales railleries. Thiers survint; il imposa silence à ces jeunes hommes, qui, derrière lui, briguaient le pouvoir; au risque de passer pour un peu court de vues, il restaura le bon sens dans ses droits ; et, dût-il donner à la France des allures de bourgeoise égoïste, il exigea qu'elle fît retraite en elle-même, qu'elle rentrât chez elle, dans ce home traditionnel auquel le vainqueur venait d'imposer là-bas, vers l'Est, certaines servitudes d'alignement, et qu'elle avisât laborieusement aux nécessités de son intérêt national. Ce fut le premier épisode des revanches françaises à l'endroit de cet humanitarisme dont la France s'était laissé griser.

Du fond de la Suisse, l'humanitarisme protesta : c'était au Congrès international de Lugano ; et la lettre de Garibaldi dont on donna lecture mérite d'être conservée :

Qu'il entre dans les calculs des puissants de l'Europe de conserver et de perfectionner les armées permanentes, c'était une chose fatale, anti humaine, mais évidemment certaine. Mais que la pierre du scandale — la mèche des traîneurs de sabre — soit la République française — la

patrie des Voltaire et des Victor Hugo — ou plutôt le minuscule monarque-Protée, abreuvé de sang, caméléon, qui, comme l'homme de Sedan, est envahi de velléités guerrières au point de tenir le monde en effervescence et d'obliger les nations à s'armer jusqu'aux dents : c'est la preuve que ce soi-disant siècle du progrès ment à pleine bouche. Thiers, comme Bonaparte, trompe la France avec la gloire, la ruine avec des arguments disproportionnés, oblige le monde entier à s'armer et à soustraire les peuples au travail; comme Bonaparte, Thiers est l'homme-mensonge'.

Thiers laissait dire, indifférent à ces séniles outrages ; et les rares républicains qui s'en allaient à Lugano, di.ane dès lors d'être la Rome de l'anarchie, pour acclamer de pareilles sottises, avaient bien soin, à leur retour en France, de se taire et de se terrer. Car Adolphe Thiers, en sa besogne de patriote, avait derrière lui Léon Gambetta, et Léon Gambetta, lui, avait derrière lui la République.

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