COURAGEUSE ÉVOLUTION DE GAMBETTA
sique alimentait incessamment leur appétit d'opposition ; contre celui qu'ils n'appelaient jamais que Napoléon le Petit, ils jouaient volontiers aux petits Brutus ; il n'était pas de niaiserie contre l'armée qui ne trouvât l'appui de leur créance et de leur faconde; et leurs interlocuteurs d'alors serappellent toujours ces haines d'avocats épris de paroles contre les « prétoriens » épris d'action ; cette manie de fraterniser avec la démocratie universelle, d'ennuyer les diplomaties par des manifestations inopportunes et d'accueillir le tsar en acclamant la Pologne; et cette demi-conviction, s'échauffant dans la fumée des estaminets, que, pour donner une marque d'orthodoxie républicaine, il fallait se mal tenir en présence des rois. Ce fut là l'école de Gambetta: le futur inventeur de la République athénienne brûla devant une République bohème le premier encens de son éloquence. Il réclamait, en ce temps-là, la suppression des armées permanentes ; il prêtait sa signature à son ami Jung, pour la mettre au bas d'un article où le futur général républicain se plaignait que les troupes prussiennes ne fussent pas assez démocratiques et réclamait que les troupes françaises fussent délivrées de leurs oripeaux l ; il écrivait à un journal de Lyon, qui s'appelait l'Excommunié, pour adhérer à une manifestation contre le Concile du Vatican machinée par des Napolitains : « Je ne mets rien, déclarait-il, au-dessus des intérêts de la libre pensée 2. »