Gambetta, Discours, XI, pp. 158 et suiv
2. La lettre de Gambetta à M. Henri Verlet, rédacteur de l'Excommunié est publiée dans V Action maçonnique, 15 novembre 1869, p. 389.
Le chemin de Tours lui fut un chemin de Damas : il ne mit rien, désormais, au-dessus des intérêts de la patrie. Cet ancien champion des milices se garda soigneusement — Von der Goltz lui en fait une louange — de « flatter les caprices de la populace et de prendre sans motif la défense des bataillons de gardes nationaux contre leurs chefs1 » ; il apprit la valeur de l'esprit militaire et d'un long apprentissage du métier des armes, en constatant que les héroïques armées qu'il créait voyaient trop souvent, hélas ! la victoire leur échapper ; et pour lui, comme pour Von der Goltz2, cette aventure de bravoure, dont six mois durant la France courut les risques, fut une forte leçon en faveur des armées permanentes. « Il fut grand comme ministre de la Guerre », affirme l'historiographe allemand3; et l'histoire politique ajoute que ce fut par là, précisément, qu'il gagna des suffrages à la République. La France aima, dans la République, l'héritière de la Défense nationale : elle mit l'auréole de sauveurs de la patrie sur le front de ces mêmes députés qui n'avaient songé, sous l'Empire, qu'à limiter les ressources militaires
1. Von der Goltz, Gambetta et ses armées, p. 403 (Paris, Sandoz et Fischbacher, 1877).
2. Von der Goltz, op. cit., pp. 40ô et 410 : « Plus on rendra justice à cette armée de milices, qui finit par être détruite, plus aussi cet exemple parlera-t-il fortement en faveur des aimées permanentes... L'unité, la continuité et, on peut le dire, l'esprit pratique dans l'action, est l'avantage très important qu'une bonne armée de ligne a sur toute armée composée de milices. »
3. Von der Goltz, op. cit., p. 342. — Id., p. 435 : « Il n'y a pas de Gambetta, même plus grand que celui de 1870, qui eût pu engager l'Allemagne a poursuivre avec autant d'unité une résistance presque desespérée. »