Résolutions : recueil officiel, pp
3. Jd., pp. 83-84. — La réponse de Ferry offre une fin de phrase assez curieuse: » Cette société, écrit-il, groupée autour de cette noble devise: « la paix par la liberté", ne peut qu'applaudir aux efforts que nous faisons pour reconstituer l'unité de la jeunesse française sur les bancs du collège, afin de sauvegarder l'esprit national. » (Etats-Unis d'Europe. 16 octobre 1879.)
l'idée de république et l'idée de PAIX 221
disant à Genève, en 1873 : « Oui, l'Allemagne a son empereur, et la France est délivrée du sien: quelle est la nation à plaindre1?» Pas plus que Garnier-Pagès, les membres de la Ligue de la Paix et de la Liberté n'inclinaient à nous plaindre longuement; n'étions-nous pas le seul pays où leurs dogmes et leurs personnes pussent avoir accès au pouvoir? Beaucoup d'entre eux, même, semblaient plus dévoués à l'idée de République qu'à l'idée de paix2 et plus soucieux d'envisager le contenu de la première idée que de mettre la seconde à l'étude ; la seconde, au fond, paraissait être un corollaire de la première 3.
1. Bulletin officiel du Congrès de Genève, 1873, pp. 93-96. — Cf. un article du journal Bee Eive, cité avec éloges par les Etats-Unis d'Europe du 31 juillet 1873 : « La guerre avec l'Allemagne a été pour la nation française le plus grand bonheur. Son orgueil militaire, il est vrai, a été terriblement humilié; mais cette guerre a délivré les Français d'un tyran détestable et leur a rendu la liberté. » — Inversement, à l'Assemblée de Bordeaux, le 1er mars 1871, Hugo rêvait du jour où la France victorieuse dirait à l'Allemagne vaincue : « Serrons-nous la main, car nous nous sommes rendu service l'une à l'autre : tu m'as délivrée de mon empereur, et je te délivre du tien...» (Actes et Paroles : Depuis l'exil, 1870-1871, p. 90.)
2. L'une des raisons qui, en 1879, empêchèrent la Ligue de la Paix et de la Liberté d'adhérer aux statuts de la Fédération universelle des Sociétés de la Paix, fut que le principe de la souveraineté du peuple était écarté de ces statuts (Etats-Unis d'Europe, 20 février 1879). — Voir dans les Etats-Unis d'Europe (17 octobre, 24 octobre et 31 octobre 1872) une polémique curieuse entre Lemonnier et Fauvety: le premier déduisant que la base de la morale, c'est l'autonomie ; que la politique doit être fondée sur le principe même de la morale ; qu'il faut que les peuples soient capables de contracter, et que les éléments d'une fédération soient homogènes ; et que, dès lors, la république s'impose ; — le second protestant contre ce zèle républicain qui « désunirait» les plus avancées des nations. Mais Lemonnier insiste, dans le numéro du 13 novembre 1873 : « L'Angleterre s'est faite pacifique sans la république; mais, chez elle, comme ailleurs, la paix ne deviendra une organisation, une force, une institution que par la république. » — Ces discussions durent toujours : voir, dans la Paix par le Droit (mars 1896, p. 88), l'opinion de M. Babut, que la cause de la paix est, au fond, une cause républicaine.
3. A plusieurs reprises, M. Arnaud, qui est actuellement la cheville ouvrière de la Ligue de la Paix et de la Liberté, a insisté sur ce fait
Au demeurant, la question d'Alsace-Lorraine importunait les congressistes ; elle était une source de malentendus et de désillusions. Ils crurent, tout d'abord, que la démocratie allemande ne tarderait point à la résoudre1; certains esprits, hélas! le croyaient aussi à Paris. Un vieux républicain, auquel sa haute situation dans les compagnonnages avait valu quelque célébrité, Agricol Perdiguier, écrivait, en 1871 : « Qui sait ce qui peut se passer d'ici quatre ou cinq ans sur la terre allemande? si la Lorraine, si l'Alsace ne nous seront pas rendues sans combats? si nous n'aurons pas formé une magnifique confédération des peuples libres de l'Europe et du monde2 ? » Ainsi pensaiton dans les Congrès suisses, et, chaque année, l'on y répétait : Qui sait ? qui sait ? La maçonnerie parisienne, impatiente déjà de rouvrir ses bras aux Frères d'outre-Rhin, accueillait ces échos comme des augures : Emmanuel Arago, le futur diplomate, reçu au trentième degré, en 1874, par un haut dignitaire delà maçonnerie, dut entendre sans rire, vu la gravité du lieu, cette prophétie de l'initiateur : « Trêves, Worms, Mayence, Coblentz, Aix-la-Chapelle, Fribourg-en-Brisgau, Francfort
qu' « en l'état présent des choses, l'établissement d'une fédération serait plus dangereux pour la liberté que favorable à la paix » (Bulletin de* Assemblées de la Ligue, 1891, p. 531).
1. Les Etats-Unis d'Europe gardèrent longtemps cette illusion. Voir, par exemple, 13 novembre 1870 : ■ Le prodige de l'histoire prochaine sera la délivrance de l'Alsace-Lorraine sans effusion de sang, œuvre commune du peuple allemand et du peuple français. » — En 1881, Lemon-
iresse un appel aux électeurs allemands pour qu'ils désarment (Etats- L'nis d'Europe, 15 octobre 1881).
2. Perdiguier, Patriotisme et Modérât ion, p. 71. — Voir sur ce personnage le remarquable livre de M. Martin-Saint-Léon sur le compagnonnage (Par s, Colin, 10u2).