‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 202 sur 331 · RÉPUBLIQUES FRANÇAISE ET RHÉNANE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUES FRANÇAISE ET RHÉNANE

ne pleurent plus. Elles rêvent qu'un jour elles seront libres du joug des barbares1. Donc, Alsace et Lorraine, séchez vos larmes et apprêtez-vous. Bientôt nous aurons la République du Rhin et nous nous fédérerons avec elle. Il faut le vouloir pour que cela soit. Le jour où la maçonnerie l'aura compris, la chose sera faite 2. » Les idylles qui voilent la réalité et qui paralysent ou dévient l'action sont toutes proches d'être criminelles : telle était l'idylle que, dès 1874, la maçonnerie française, docile auxiliaire des Congrès suisses internationaux, se plaisait à ébaucher, et dont on retrouverait encore les troublantes illusions jusqu'en 1882 et 1883, dans l'éloquence maçonnique de Caubet 3 et de Macé. Mais, à l'encontre de ces déliquescences, le militarisme français, sous les auspices de Gambetta, continuait de se parachever et de faire respecter la France.

L'Allemagne, naturellement, faisait aux espérances de ces cosmopolites amateurs l'accueil qu'elles eussent dû prévoir : en 1874, Bluntschli, qui

1. Le contre-amiral Reveillère (Branda), maçon lui aussi, a développé dans ses Réflexions diverses, VI, pp. 12 et 121-122 (Fischbacher, 1885), des théories analogues : 1' « empire des Gaules » sera composé de cinq républiques : rhénane, française, suisse, belge, batave ; et Branda considère comme « plus ou moins républicains ces prétendus Germains du Rhin occidental ».

2. Chaîne d'union, juin 1874, p. 343. — Le même orateur, M. Malapert, tenait des propos semblables en installant les dignitaires de la loge Alsace- Lorraine {Chaîne d'union, janvier 1874, p. 87). — M. Léon Marot, le Parti delà Guerre et la Ligue des Patriotes (Paris, Guérin, 1887, p. 344), rêve qu'en cas de guerre nous jetterons le désordre dans les rangs allemands en nous proclamant les défenseurs des droits des peuples !

3. Au centenaire de la loge de Cette, en 1882, Caubet souhaite le retour des loges rhénanes par l'arbitrage international entre les peuples rendus libres (Chaîne d'union, juin 1882, p. 163). — Cf. conférence de M. Blumenthal aux Fidèles Ecossais, en 1892: « Si l'Allemagne était en république, la solution pacifique ne se ferait pas attendre... » (Bulletin maçonnique, mai 1892, pj>. 36-38.)

était à cette date le véritable chef occulte de la maçonnerie allemande i, fut interpellé par les Etats-Unis oV Europe au sujet de la question d'Alsace-Lorraine; il riposta, tout net, qu'il ne condamnait que les annexions faites en temps de paix2. Peu d'années après, un membre du Reichstag, pressenti au sujet d'un désarmement franco-allemand, écrivait qu'il y consentait, mais sur la base de YUti possidetis3. Aussi survenait-il parfois qu'on rêvait, dans la revue genevoise, d'une Alsace annexée à la Suisse et devenant le pivot de la grande alliance des peuples contre le césarisme4; et les Alsaciens, tout de suite, protestaient5. L'Alsace, du reste, instruite par les leçons de la guerre, et privée, depuis 1870, des leçons de Jean Macé, opposait une froideur presque unanime à ces combinaisons d'un humanitarisme rêveur6. Les Etats- Unis d'Europe traitaient en « ami » le pas-

1. Il semble même que Bluntschli ait exercé une grande influence dans la maçonnerie internationale. Témoin certain discours tenu, en 1875, à l'assemblée générale de la loge suisse Alpina, et dans lequel l'orateur, exposant que la maçonnerie ne devait pas se désintéresser du Kulturkampf, s'exprimait en ces termes : « Le vénérable F.-. Bluntschli, le même qui, quand VAlpina s'est constituée, traçait pour devoir à la franc-maçonnerie d'agir dans un sens humanitaire sur l'Eglise et sur l'Elat, nous somme aujourd'hui de ne pas assister en spectateurs oisifs à la lutte que se livrent ces d^u* ouissances, et de nous y mêler, au contraire, avec énergie. » {Bulletin du Grand-Orient de Belgique, 187J, p. 235.)

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