Etats-Unis d'Europe, 9 janvier
lesse par la tyrannie d'une idée fixe, et vivant avec cette illusion de résumer en lui 1' « âme des peuples l », se montrait en toute occurrence le plus étrange prédicateur d'internationalisme humanitaire2. On se rappelle ses furieuses invectives contre Thiers, coupable de nous rendre une armée 3. Il insistait auprès de Mme Goegg, l'une des instigatrices des Congrès suisses de la paix : « Il est bien temps, lui écrivait-il, de voir le monde purgé de ces deux fléaux : le sabre et la soutane4. » Le relèvement moral de la France et cet effort de groupement entre toutes les forces vives de la nation, qui arrachait à beaucoup d'étrangers les témoignages d'un respect étonné, mettaient en colère Garibaldi ; et, parce que nous ne nous « lavions pas de cette double souillure, l'aristocratie et le prêtre », il dénonçait notre « décadence honteuse », « spectacle dégoûtant dont l'histoire n'a jamais offert l'exemple5 ». Armand Barbes avait bien jugé ce personnage lorsqu'en octobre 1867, il écrivait à George Sand : « L'unique pensée de Garibaldi est d'aller à Rome, comme il reviendrait à Nice, s'il pouvait, pour compléter son Italie et la refaire la première des nations du monde, la nation du Capitole !
1. Hugo lui écrivait en 1874: « Xénophon n'avait en lui que l'àme de la Grèce; vous avez en vous l'àme des peuples. » (Etats-Unis d'Europe ier octobre 1S74.)
2. Il saluait dans les Congressistes genevois, en 1877, les « nobles champions de l'humanité assassinée par une douzaine de majestueuses familles ». (Bulletin officiel du Congrès de Genève, 1877, p 4.)