‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 21 sur 331 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

Car ce qu'il faut décider, en définitive, — et c'est là l'enjeu du conflit, — se pourrait a peu près formuler ainsi : pour que le lien social qui unit tous les hommes ait prise sur nos consciences, suffit-il que nous nous sentions les membres d'une humanité incohérente et diffuse, ou faut-il, au contraire, que nous trouvions et que nous gardions, dans cette humanité, un point d'attache concret et défini? Le devoir social qui résulte de ce lien doit-il, oui ou non, être sanctionné par certaines règles, qui nous obligent à payer avec quelque régularité notre dette sociale1?

Les humanitaires augurent que l'indépendance à l'endroit de toute règle sera le trait essentiel de l'Humanité future; ils rêvent du jour où la dette sociale n'aura plus cette forme précise et rigoureuse, qui s'appelle l'obligation civique ; cet essor même qui leur donne l'illusion de planer sur tous les hommes les emporte loin de la réalité vivante; il les isole dès lors d'autrui, par là-même de leurs compatriotes ; et dispensés du devoir ordinaire et quotidien, laissant protester la traite que jadis la patrie tirait sur tous ses enfants, ils s'apprêtent à courtiser à travers les cinq parties du monde, à moins que ce ne soit dans les nuages, une foule infinie de créanciers « humains», dont les exigences indéfinies et vagues ne seront, d'ailleurs, ni gênantes, ni même saisissables.

1. On peut lire avec fruit, pour cette étude philosophique que nous ne faisons qu'ébaucher, le livre de M. Louis Legrand sur l'Idée de patrie. (Paris, Hachette, 1897).

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