‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 22 sur 331 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

Les champions de l'idée patriotique, au contraire, affirment que le cadre « patrie », de quelques modifications contingentes qu'il soit d'ailleurs susceptible au cours de l'histoire, est un élément d'ordre, nécessaire pour la bonne comptabilité de la dette sociale, indispensable, — qu'on nous pardonne ici ce vocable positiviste, — pour l'organisation de l'altruisme humain.

Car la patrie crée des liens palpables, elle impose des devoirs précis; elle propose, au jour le jour, d'impérieuses occasions de faire le bien et de se dévouer; s'emparant de notre velléité d'amour des hommes, elle exige que cette velléité devienne un vouloir pratique, agissant, efficace; et, nous rappelant sans cesse l'existence de ces compatriotes qui sont notre « prochain » le plus immédiat, elle nous interdit de gaspiller en l'air et dans le vide je ne sais quelle tendresse théorique, qui, trop souvent, ne recouvre d'autre sentiment effectif que l'égoïste amour de nous-mêmes. Les « instincts altruistes » et « sympathiques » qui subissent l'incessant assaut des « dispositions égoïstes», requièrent, si j'ose ainsi dire, une sorte de fixation et de destination : sinon, ils demeurent sans vertu sociale, et dès lors sans valeur réelle. Cette fixation, c'est la patrie qui l'assure; cette destination, c'est la patrie qui la définit.

Loin de nous aliéner à l'humanité, la patrie est comme le point d'insertion par lequel nous prenons racine dans cette humanité même. « Ne l'oublions pas, écrivait Caro en 1871, l'humanité est si vaste que le sentiment qu'elle nous inspire risque de

Page 1