XXIV INTRODUCTION
se perdre dans sa vague immensité. Habituonsnous à l'aimer à travers cette humanité particulière dont nous faisons intimement partie, à laquelle nous tenons par toutes les fibres de notre cœur. Ce sera l'initiation naturelle à un ordre plus large de sentiments et de devoirs, si nous avons d'abord bien connu et pratiqué les sentiments précis que la patrie nous inspire et les devoirs positifs qu'elle nous impose. Quand nous nous serons accoutumés à aimer notre patrie dans la justice et dans la paix, il nous sera plus aisé de passer de cette sphère restreinte à la sphère agrandie de l'humanité. Cette méthode est plus sûre que celle qui procéderait dans l'ordre inverse et s'irait perdre dans d'inutiles et dangereuses rêveries1. »
Le philosophe avait raison en opposant aux rêveries de l'humanitarisme la réalité de la patrie. La patrie nous enchaîne, elle nous « oblige »; elle nous donne des ordres dont elle n'admet point la violation, et elle ratifie, par là même, nos attaches avec le passé, avec le présent et avec l'avenir; et si rigoureuse est la contrainte exercée par la patrie qu'elle nous rend à peu près impossible, par l'ensemble de ses prescriptions et de ses coercitions, de mener une existence totalement inutile. Supprimez, au contraire, ces obligations par lesquelles la patrie nous maîtrise ; vous verrez, deçà, de-la, les mouvements réflexes de certaines âmes aimantes aboutir à des actes de charité, voire même d'héroïsme; mais toutes les autres âmes, confusément noyées dans cette anarchie que