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LA LOGE ALSACE-LORRAINE

sence des laïques, de la supposer touie résolue : aussi, les solennités maçonniques où les profanes étaient admis, se distinguaient-elles par une profusion d'éloquence patriotique, voire même de poésie, et l'on entendit Grémieux lui-même, en compagnie d'Arago, parler comme un Français de race, en octobre 1878, dans la grande salle du Trocadéro l.

Une loge surtout, qui s'appelait F Alsace- Lorraine1, se complaisait en ces manifestations fort honorables : « Vous avez un caractère particulier, lui écrivait un jour un vénérable du voisinage ; chez vous, l'esprit patriotique domine l'esprit maçonnique» 3. Le mot mérite d'être retenu, autant qu'il est intelligible à des profanes. Un orateur de talent, conseiller municipal de Charonne, Maurice Véran, fut quelque temps vénérable de cette loge; il y parlait en termes émus de sa vieille Alsace, il osait célébrer le dévelop-

1. Voir le compte rendu de cette solennité dans l'Almanach- Annuaire publié pour 1879 par le F.-. Décembre-Alonnier, pp. 221 et suivantes. Cf. le discours du F.*. Barré aux Admirateurs de l'Univers, en mars 1874 : « Nos ennemis nous reprochent d'être cosmopolites; oui, lorsqu'il s'agit des grandes questions humanitaires, nous sommes cosmopolites ; mais nous ne perdons jamais l'idée de patrie ; pour elle nous conservons nos aspirations les plus intimes et les plus secrètes. » {Monde maçonnique, 1873-1874, p. 567.)

2. Cette loge fut installée le 8 septembre 1872 par Massol lui-même, au nom du Conseil de l'Ordre. Voir Gerschel, la Loge Alsace-Lorraine (tirage à part de la Revue alsacienne de mars 1882); — les Travaux de la loge Alsace-Lorraine, 1" série (Paris, 1875) ; — Conférences prononcées à la loge Alsace-Lorraine, janvier 1891 (Paris, impr. Hugonis) ; — Loge Alsace-Lorraine, 1872-1890 (Paris, Davy, 1890).

3. Planche de l'Indépendance à V Alsace-Lorraine (Bulletin maçonnique, février 1882, p. 342). — Cf. les remerciements adressés par le vénérable du Globe à la loge Alsace- Lorraine en 1875 (Chaîne d'union, février 1875, pp. 150-151). — Cf. Marot, le Parti de la guerre et la Ligue des Patriotes, p. 11 : « La loge Alsace-Lorraine est unanimement considérée comme ?;*;? institution à côté de la maçonnerie, x

pement de l'esprit militaire dans ce pays ; on l'entendait même, en sa paradoxale dévotion pour la maçonnerie, faire honneur aux maçons du xvme siècle d'avoir les premiers compris l'idée de patrie '.On devinait en lui une âme de liturgiste, phénomène commun chez beaucoup de maçons : il rêvait que les Alsaciens-Lorrains devinssent, en loge et hors de la loge, les grands pontifes de la patrie2. En 1878, lorsqu'il mourut, on le pleura comme il eût souhaité d'être pleuré : les membres des ateliers voisins venaient à F Alsace-Lorraine honorer sa mémoire, et M. Edouard Siebecker, au nom de ses Frères, prononçait quelques paroles patriotiques3, dont l'écho se transmettait dans les autres loges et n'y semblait jamais banal. Un jour qu'on célébrait dans cette loge un baptême civil, et qu'on y proclamait la « réintégration de l'enfant dans ses droits », on vit subitement les yeux du vénérable se mouiller de larmes : cet enfant, qui cessait d'être la proie de l'Eglise, lui rappelait l'Alsace-Lorraine, qui demeurait la proie de l'Allemagne 4.

Il advenait d'ailleurs, de temps à autre, que la loge Alsace-Lorraine , comme pour se mettre en

1. Maurice Véran, Conférences d'un patriote (libr. de l'Echo de la Sor~ bonne, 1878), pp. 27 et 127.

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