Chaîne d'union, octobre-novembre 1872, p
caleçon écarlate s'appuyer mollement sur le sombre Moscovite1 » ? Ce quadrille hétérogène flattait l'internationalisme du chroniqueur ; il profitait de l'occurrence pour exhaler, au terme de son compte rendu, quelques soupirs humanitaires.
Il semblait qu'en accentuant en toute occasion le vrai caractère de l'institution maçonnique, on voulût marquer un point d'arrêt sur la pente inverse ; c'est qu'en effet on avait à remonter une côte jugée dangereuse, celle qui longeait l'abîme du chauvinisme ; et le vénérable des Hospitaliers de Saint-Ouen déclarait tout net, en 1874, qu' « il vaut mieux être un peu moins animé de patriotisme que de n'être point un citoyen du monde2». C'est une banalité d'être patriote, surlout au lendemain d'une défaite ; une telle vertu n'est point une occasion de s'ériger au-dessus des profanes. La profession de civisme universel, tout au contraire, offre je ne sais quoi de plus distingué; on se donne l'illusion de monter un degré sur l'échelle des intelligences en enjambant ce modeste et commun échelon qui s'appelle la patrie. Alors les horizons s'étendent, les liens réels — et, parce que réels, importuns — s'élargissent ou se rompent; on envisage, d'un œil superbe et paresseux3, les liens tout abstraits par lesquels on se sent relié à des hommes très lointains, à des
i. Monde maçonnique, mai 1879, p. 12.