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HUBERT ET LA CHAINE D'UNION

de quatre-vingts loges, il rendait de si précieux services et s'attachait si pieusement à perpétuer en toute sa pureté l'esprit de son Eglise qu'en 1879 plusieurs pasteurs et quelques fidèles — je veux dire plusieurs vénérables et quelques hommes politiques — lui voulurent offrir une belle récompense. On acheta les bijoux nécessaires, et toutes les loges parisiennes organisèrent une « réunion extraordinaire et solennelle », qui fut un triomphe pour Hubert. Il y avait là Cousin, président du Conseil de l'Ordre ; Antide Martin, conseiller municipal, et Foussier, son collègue; Duhamel, secrétaire général de la présidence de la République; Heredia, le futur député; M. Desmons, le futur sénateur; d'illustres excuses furent lues, celle de Floquet, celle de M. Barodet. C'est le chevalier d'éloquence de la loge Isis-Montyon qui prit la parole pour rendre hommage à Hubert ; il le félicita d'avoir pour idéal « de n'appartenir exclusivement ni à une loge, ni à une obédience, ni même à une nationalité maçonnique, mais d'être le maçon de tous les pays comme de tous les rites1 ». Tel était, en effet, l'idéal d'Hubert; malgré les déceptions de 1870, dont le souvenir, parfois, amenait sur ses lèvres des effusions semipatriotiques2, il planait volontiers au-dessus des chicanes des liturgistes et des chicanes des nations ; et la tiédeur des Ecossais à l'endroit de la rue Cadet, ou celle des Français à l'endroit de l'Alie-

i. Procès-verbal, p. 52.

2. Par exemple, en 1888, à la Véritable Amitié, d'Orléans, Hubert racontait les déceptions d'humanitaire qu'il avait ressenties en 1870, et il ajoutait : « Jusque-là, j'avais été l'homme universel. » {Chaîne d'union, 1888, p. 46.)

magne, étaient une souffrance pour son cœur, large comme le monde.

On vit, après la guerre, certaines loges, comme les Philanthropes réunis, de Paris1, Y Aménité, du Havre2, V Anglaise, de Bordeaux3, prendre des délibérations solennelles pour rompre tous rapports avec les puissances allemandes : la maçonnerie italienne, fidèle gardienne de l'internationalisme maçonnique, blâma sévèrement ces votes d'intolérance4, et Caubet, tout en n'ayant pas le courage de s'associer à ce blâme, le déclara conforme à « la vérité des principes maçonniques5 ». Hubert, ayant l'intuition des périls que couraient ces principes, suivit dans son journal la plus savante des tactiques. La Chaîne d'union rechercha, quelque temps durant, les noms des loges allemandes qui avaient établi des ambulances, et publia nombre d'anecdotes volontairement émouvantes : tantôt l'on y voyait des Français prisonniers ou blessés se reconnaître frères en maçonnerie du médecin allemand qui les soignait et bénéficier de cette réciproque reconnaissance6;

1. La déclaration de la loge les Philanthropes réunis, datée du 28 octobre 1870, est publiée dans la Chaîne d'union d'avril 1872, pp. 197-199.

2. C'est le 18 janvier 1871 que l'Aménité raya de son tableau deux loges allemandes et quatorze Frères allemands, malgré les protestations de son vénérable d'honneur, qui démissionna (Degraux, Histoire de la R. L. l'Aménité, or. du Havre, 1735-1889. Le Havre, Leclerc, 1889, p. 41).

3. Sur l'incident de la loge l'Anglaise, voir le Monde maçonnique, novembre 1871, pp. 431 et suiv,

4. En octobre 1871, M. Finocchiaro Aprile, au nom de deux cents maçons des loges siciliennes, expédia au Grand-Orient de France une adresse de protestation contre la loge l'Anglaise : « Travaillons tous, i'iançais, Allemands et Italiens, à resserrer la chaîne d'union que l'on veut rompre. » {Monde maçonnique, novembre 1871, pp. 433-436.)

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