INTRODUCTION XXV
sera le règne de l'humanitarisme, seront frappées de stérilité, ou bien se laisseront choir, volontairement, dans l'arbitraire quiétude d'un « égotisme » transcendant. Le patriotisme formait des nommes; l'humanitarisme créerait et déchaînerait le « superhomme », c'est-à-dire l'ennemi par excellence des frères humains; et, tandis que le patriotisme n'exclut, ni en théorie ni en fait, l'amour de tous les hommes, l'humanitarisme, par un étrange retour des choses, semble réduire cette universelle charité à n'être qu'un sentiment irrémédiablement platonique et étrangement infécond.
' L'Eglise, qui, d'une part, connaît les illusions et les duperies de l'âme humaine et, d'autre part, ne perd jamais de vue les réalités sociales, s'est toujours gardée, même au temps où elle aspirait à englober le monde dans la vaste unité chrétienne, de vouloir supprimer la personnalité des divers peuples; elle assignait à chacun d'eux une place spéciale, dans cette synthèse dont elle dessinait le grandiose avenir ; elle se piquait de marquer et d'accentuer, en son langage à elle, la physionomie individuelle de chaque nation. C'est ce que comprenait à merveille Léon Gambetta lorsqu'il permettait au comte de Chaudordyde répéter en 1871, à la face même du Quirinal, cette formule traditionnelle qui fait de la France « la fille aînée de l'Eglise » ; il ne déplaisait pas au grand patriote d'entendre proclamer par 1' « Internationale noire » — ct^nme