‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 230 sur 331 · CIRCULAIRE DU GRAND-ORIENT · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE DU GRAND-ORIENT

ception d'un Allemand, Hubert répondait au vénérable en l'invitant à lire l'exergue de la Chaîne d'union; cet exergue portait les mots : « Fraternité universelle1. »

En présence de cet irrésistible courant d'harmonie, la politique du Conseil de l'Ordre, rappelée dans une longue circulaire en 1885, fut de laisser aux loges françaises toute liberté. Il considéra que « la réserve officielle qui s'applique aux collectivités ne s'applique point à la personne individuelle des Frères qui appartiennent à ces collectivités ». A vrai dire, ce libéralisme offrait un péril, et le péril n'échappait pas au Conseil de l'Ordre : les puissances auxquelles appartiennent ces Frères, n'ayant aucun lien officiel avec le Grand-Orient, seraient moralement irresponsables de la conduite et de l'attitude que pourraient avoir, dans les loges françaises, les Frères émigrés. Mais qu'importait, après tout? et la crainte d'un tel danger pouvait-elle prévaloir contre les lois inflexibles de l'hospitalité maçonnique internationale? Au demeurant, le Grand-Orient voulait se souvenir que « la lumière maçonnique est un flambeau et que les nuages qui peuvent momentanément diviser certains rayons de ce flambeau surgissent avec les événements humains et disparaissent avec ceux-ci2 ».

1 . Hubert finit par dire : « Les Allemands peuvent être reçus oui et non dans les loges : c'est une affaire de tact, de mesure et de personne. » {Chaîne d'union, 1886, p. 411.) — En mai 1887, les incorrigibles Enfants de Gergovie (V. ci-dessus, p. 118) rêvaient de la République allemande qui ferait « entrer le peuple allemand, presque barbare, dans la civilisation moderne ». (Chaîne d'union, 1887, pp. 276-278.)

2. Conformément à ces principes, lorsqu'en 1892 on demanda au Grand-Orient si un profane pouvait être refusé pour une question de nationalité, le Conseil de l'Ordre répondit que « la constitution n'établit pas de distinction entre les nationalités pour les admissions dôs profanes ».

2bi LA RÉPUBLIQUE DE GAMBETTA

Quant à dissiper ces nuages eux-rm-mes, on s'en occupait sérieusement et discrètement dans les hauts conseils du Grand-Orient. Gaubet, Duhamel, S. de Heredia concertaient, en octobre 1883, une lettre amicale aux obédiences étrangères pour qu'elles désignassent auprès du Grand-Orient de France des garants d'amitié i ; le chapitre des «relations extérieures», mystérieux chapitre que les comptes rendus des convents remplacent souvent par des points, grossissait et s'amplifiait sur le budget de la maçonnerie • ; c'est même une question financière relative à ce chapitre qui amena Cousin, en 1885, à quitter la présidence du Conseil de l'Ordre3; et, quel que dût être le résultat de ces négociations semi-politiques avec les diverses maçonneries de l'univers, Duhamel, du moins, expliquait, en s'en félicitant, que « les Frères de toutes les obédiences avaient le plus souvent continué à se recevoir et à s'accueillir avec les démonstrations d'une chaude sympathie maçonnique », et que « ce n'est qu'au regard de l'observateur superficiel que la famille des Enfants de la Veuve pouvait sembler hétérogène4 ».

et que « la présence sur les colonnes des ateliers du Grand-Orient d'un grand nombre de Frères appartenant à des nationalités diverses en est le plus concluant témoignage». (Bulletin maçonnique, avril 1892, p. 17.)

1. Monde maçonnique, novembre 1883, pp. 33i3-3?.7 et 344-345.

5. Il se trouvait des maçons pour préférer à l'idée d'un rapprochement avec les « puissances étrangères » la fondation de loges dépendant du Grand-Orient sur le territoire de ces puissances : cela vaut mieux, écrivait l'un d'entre eux, que de « chercher à traiter en collègues k> de Galles ou le roi de Suède ». (Monde maçonnique, juin 18Vi, pp.

3. Cousin déclara démissionner, parce qu'on lui refusait la i de 20.000 francs nécessaire au bon fonctionnement des relations extérieures (Lettre adressée au F.-. Desmons le 17 septembre 1SSJ, publiée dans le Monde maçonnique, septembre-octobre 1886, p. 177).

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