Monde maçonnique, novembre 1S83, p
hk MAÇONNERIE ET L'ÉTRANGER 255
Influences doctrinales de la maçonnerie et de l'étranger siir l'esprit du parti républicain. — Tenace autonomie de Gambetta et de Ferry; active survivance de ces influences hostiles.
Elle redevenait homogène, en effet, comme l'étaient restés, même au lendemain de la guerre, ces Congrès suisses où, sous les auspices de Garibaldi, quelques personnalités importantes de notre démocratie prêtaient leurs oreilles naïves à des Italiens et à des Allemands assez insignifiants dans leurs propres patries. Ces deux influences, celle de la maçonnerie et celle de l'étranger, perpétuaient à travers le parti républicain, en dépit de Thiers et de Gambetta, un certain courant d'utopies humanitaires et de suspicions contre l'armée : courant d'autant plus fort, en son laborieux et sourd progrès, qu'il était plus facile aux gouvernants de la France de passer outre sans en tenir compte que d'y mettre une barrière. Mais passer outre, c'était en même temps laisser passer le courant, et c'était tolérer à travers le pays la lente diffusion d'un système de doctrines périlleux pour la vitalité française. C'est à quoi parfois l'on se résigna : il était plus aisé, pour des hommes dont la jeunesse s'était enchantée de ces doctrines, de finir par les négliger implicitement que d'en hasarder une réfutation formelle. Nous reviendrons plus loin sur le rare courage de Jules Ferry, qui
ne craignit pas, en 1891, à la tribune du Sénat1, de sourire en quelque sorte de lui-même et de ses vieux préjugés contre l'armée; quarante-huit heuresaprès,.lulesSimon protestait doucementdans un journal2 contre cette résipiscence de son collègue et laissait entrevoir, à cette date où l'extrême gauche les avait l'un et l'autre excommuniés, que l'auteur de Dieu, patrie, liberté, voulait bien oublier et laisser oublier le livre de la Politique radicale, mais non point le déchirer. Ce sacrifice de certaines idées de jeunesse, auquel, en 1891, un philosophe abandonné par son parti ne se pouvait cependant résoudre, devait paraître plus dur encore, quinze ans plus tôt, aux plus patriotes d'entre les gambettistes ; ne les accuserait-on pas de désavouer ou de congédier un certain nombre de coreligionnaires politiques qui, sans cesse, pour toutes les questions intérieures, confondaient leurs bulletins avec les leurs, dans ces urnes si lentes à devenir républicaines et perpétuellement guettées par les partis adverses?
Une solidarité républicaine subsistait, créée par une éducation commune, cimentée par le respect dune phraséologie commune, affermie par des luttes communes ; entre les politiques responsables qui gouvernaient la nation et les propagandistes irresponsables qui répandaient l'idée républicaine, les di vergences d'aspirationsetde tendances se laissaient provisoirement effacer pour faire place aux apparences de l'harmonie. Ainsi s'atténua peu à
1< Ferry, Discours et opinions, VII, pp. 255-256.
2. Petit Temps du 8 décembre 1891, cité dans Ferry, Discours et opinions, I, p'p. 192 et suiv.