‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 234 sur 331 · Chaudordy, Considérations, p. xi · texte numérisé non relu

Chaudordy, Considérations, p. xi

5. Ferry, Discours et Opinions, VII, p. 355 ; discours au banquet Mizon (juillet 1892) : « Nous n'avons jamais admis que la France, pour avoir subi des défaites qu'elle n'acceptera jamais comme un arrêt définitif, eût le droit d'oublier qu'elle est toujours la seconde puissance maritime du inonde. »

volupté le souci de sa propre gloire et la vigoureuse autonomie de l'âme nationale.

Au contraire, l'hostilité constante que témoignèrent à Ferry M. Clemenceau et ses amis, devenus les légataires universels du vieil humanitarisme républicain, apparaît comme l'un des épisodes les plus instructifs del'histoire des idées politiques sous la troisième République. Le recul des événements, qui en simplifie la complexité, nous permet de voir surgir, de la réalité même, une sorte de vérité supérieure et de saisir, derrière le capricieux aspect des luttes parlementaires, l'invariable antagonisme des idées. On peut dire dès aujourd'hui, à la faveur de ce recul, que « l'homme du Tonkin » n'était séparé de ses contradicteurs de droite que par des questions d'opportunité et par des querelles départi, et qu'il était séparé de l'extrême gauche par des questions de doctrine.

Un « anticolonial î> de 1867 : Guépin voulait que la France fit de ses colonies des colonies européennes. — Les guerres coloniales sont offensives, donc antirépublicaines (amiral Heveillère, Jules Gaillard). — «Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! » (Robinet.) — Ferry continuateur de la barbarie (A.-S. Morin).

Le comte Albert de Mun, qui savait comme MgrFreppel, lorsque les intérêts coloniaux étaient en jeu, préférer les applaudissements du centre à

UN ANTICOLONIAL DE 1867 263

ceux de ses amis, ne put se défendre de regretter1, à plusieurs reprises, qu'on ne parlât jamais au pays que « de petites opérations successives, sans lui découvrir aucunes larges visées » : ces demisilences, ces artifices renouvelés, qui mettaient la Chambre et la France en présence de faits accomplis, étaient en effet, pour notre démocratie, une assez médiocre éducation. Mais la faute en étaitelle à Ferry? Travaillant à sa façon pour que, dans le monde, la France fit quelque figure, et sentant survivre et comploter, en face de sa politique, le vieil esprit humanitaire, il se devait peutêtre résigner à cette tactique, de ne mobiliser nos hommes que par petits paquets à l'encontre des Chinois, et de ne mobiliser ses idées que par petits paquets à l'encontre des radicaux. Ainsi fit-i' pendant trois années, jusqu'à ce que survînt soudainement une dépêche de Lang-son : l'échec national, une fois de plus, fut la préface d'une manifestation que le parti de M. Clemenceau osa qualifier de « républicaine », et pourlaquelle le concours de la droite fut accepté : Ferry fut expulsé du pouvoir, et même de la République. Le vieil esprit s'était ressaisi ; la tradition humanitaire, ennemie de toute politique coloniale, était vengée. Elle s'épanouissait dès 1867, cette tradition toujours vivante, dans une lettre qu'adressait à Macé, à l'occasion du premier Congrès genevois de la Paix et de la Liberté, le Dr Guépin, de Nantes, vénérable en sa loge à la veille du 4 Septembre, et préfet de la Loire-Inférieure le lendemain. Il se

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