JULES FERRY ET 1/ ARMÉE
Il ne faisait pas bon, devant lui, attaquer l'armée. « Ne mettons pas si aisément nos vieux soldats sur la sellette », ripostait-il aux radicaux qui demandaient si l'amiral Cloué était républicain1; et les radicaux durent attendre longtemps encore qu'on leur laissât le droit d'user de cette sellette. Comme, un autre jour, M. Clemenceau exigeait une enquête sur les opérations militaires en Tunisie : « Ce serait meurtrier pour la discipline », objectait Ferry2; et, d'un geste, il repoussait cette manie de traiter l'armée en suspecte. Son langage avait d'autant plus de poids qu'il était celui d'un néophyte, et c'est avec fierté qu'en 1885, à Bordeaux, il parlait de son évolution : « Quand on vit sous la servitude, disait-il, on se laisse aller aisément à rêver d'un gouvernement idéal, on se console dans la recherche de l'absolu. En est-il une preuve plus manifeste que les idées qui avaient cours jadis sur la guerre et sur l'armée? Vous souvient-il que, sous l'Empire, nous ne disions pas beaucoup de bien du militarisme? Vous rappelez-vous ces vagues aspirations vers le désarmement général, le détachement manifeste du véritable esprit militaire, cette tendance à la création d'une sorte de garde nationale universelle, qui caractérisaient la démocratie d'alors ? Ces idées-là eurent des partisans ; plusieurs d'entre nous les ont professées, y ont incliné, s'y sont laissé prendre. Mais, je vous le demande, en est-il un seul aujourd'hui qui n'ait pas été converti par les événements? Ce pays a vu la guerre de 1870; il a tourné le dos