‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 256 sur 331 · Maurice, op. cit., pp. 17 et · texte numérisé non relu

Maurice, op. cit., pp. 17 et

France vit en Europe, héritière d'une histoire, entourée de voisins : ce n'est rien moins qu'une malfaisante folie. Ferry s'en rendait compte, et ne ménageait, ni dans ses propos ni dans ses actes, ce rêve de « renoncement diplomatique » dont il accusait un jour les « intransigeants », et qui devait aboutir, d'après ses propres paroles, à la « suppression de la diplomatie, faisant pendant à la suppression des armées permanentes1 ».

Lorsque, en 1885, Ferry succomba, frappé de mort politique, il avait construit l'engrenage auquel, pour un temps, son parti n'oserait plus se dérober; la République, bon gré mal gré, demeurerait la légataire de l'homme d'Etat qu'elle avait congédié. L'heure n'est point venue d'établir une balance entre les avantages et les charges d'un pareil legs. Mais, en tout état de cause, soit que nos sympathies s'aventurent, allègres et confiantes, à la suite des héritiers de la pensée de Ferry, soit, au contraire, qu'elles demeurent prudemment fidèles à cette école politique qui souhaitait que la France, se retranchant sur elle-même, n'affirmât sa personnalité qu'en Europe, un fait demeure acquis : c'est que l'initiative de Ferry fut une défaite décisive, irréparable, pour les utopistes qui auraient voulu que la France, naïvement fière de devenir l'hôtelière du cosmopolitisme universel, n'affirmât sa personnalité nulle part et renonçât à faire acte de nation.

1. Ferry, Discours et Opinions, V, pp. 522-524. — Cf. Reinach, le Ministère Gambetta, p. 377 : « L'idéal, pour les révolutionnaires d'avant 1870, c'était la suppression des armées permanentes; c'est aujourd'hui, pour leurs héritiers, la suppression de la diplomatie. La République, disent les intransigeants, n'a pas besoin d'avoir une politique extérieure. »

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