INTRODUCTION XXVII
de la fraternité des hommes, avait eu pour Jérusalem, sa propre patrie, quelques larmes d'élite; elle se souvenait que l'apôtre Paul, dont le verbe impérieux et pressant avait achevé de renverser les barrières entre Juifs et Gentils, puis les barrières entre Gentils eux-mêmes, était en même temps — le positivisme contemporain lui en fait une gloire — un infatigable théoricien du devoir social et, comme nous dirions aujourd'hui, de la solidarité. Or cette interdépendance que définit saint Paul en disant que nous sommes «membres les uns des autres », est singulièrement plus étroite, plus impérieuse et plus complexe, entre les citoyens d'une même patrie qu'entre les myriades d'individus émiettés que seraient les citoyens du monde; et c'est pourquoi l'Eglise, a titre de gardienne de la morale sociale, s'est toujours piquée de faire entrer la notion de civisme dans les leçons qu'elle enseigne aux hommes.
Mais c'est pourquoi, inversement, les cerveaux qui, peu soucieux d'une obligation vulgaire, n'ont d'autre préoccupation que de faire admirer à l'humanité les chatoyantes facettes de leur pensée, ont considéré, souvent, la notion de civisme comme une entrave surannée.
« La vie nationale, écrivait un jour Ernest Renan, est quelque chose délimité, de médiocre, de borné. Pour faire de l'extraordinaire, de l'universel, il faut déchirer ce réseau étroit; du même coup on déchire sa patrie, une patrie étant