‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 260 sur 331 · LA LIGUE DES PATRIOTES · texte numérisé non relu

LA LIGUE DES PATRIOTES

avait, à la fin de l'Empire, sous le nom d'idéal républicain, professé des doctrines que l'excès même de leur générosité rendait incompatibles avec l'intérêt réel de la patrie ; puis, au lendemain de la guerre, à l'heure où divers drapeaux s'étaient disputé l'honneur d'ombrager la France, les gauches, justement désireuses d'apparaître comme un parti de gouvernement, avaient présenté comme références les souvenirs de la Défense nationale et le nom de Léon Gambetta ; ces références, flatteuses pour le patriotisme, caressantes pour l'armée, avaient induit la France à agréer les républicains comme serviteurs — des serviteurs qui devinrent bientôt des maîtres.

Leur formation intellectuelle et leurs habitudes de pensée, leurs erreurs de club et leurs péchés d'enfance, leurs instincts et leurs haines, tout en eux conspirait contre le rôle qu'ils acceptaient de jouer et contre le programme de dernière heure auquel ils avaient dû la victoire. D'une main vigoureuse et tenace, Gambetta et Ferry matèrent cette conspiration, d'abord en euxmêmes, puis chez leurs amis ; ils tirent résipiscence et imposèrent résipiscence ; et le succès de cet esprit nouveau, attesté, tout d'abord, par l'attitude patriotique que prirent à leurs débuts les nouvelles écoles primaires, fut ratifié, quelque temps durant, par l'œuvre militaire et diplomatique de la troisième République.

Mais, sur ces terrains mêmes, le vieil esprit humanitaire, souvent éconduit, rarement découragé, tenta des attaques ou de secrètes manœuvres, auxquelles la fortune finit par sourire ; il exploita

292 l'œuvre de LA RÉPUBLIQUE (1882-1895)

certaines circonstances, en créa certaines autres ; aidé par le sort et s'aidant lui-même, il reprit le dessus, ramena ses exigences d'antan ; on put craindre des conflits entre les droits de l'homme et l'idée de patrie, entre les susceptibilités républicaines et les intérêts de l'armée. Telle est l'histoire, passablement complexe et délicate, qu'il nous reste à esquisser. 11 se peut faire qu'à certaines pages on croie nous avoir déjà lu... C'est qu'en effet, au terme de cet essai, nous retrouverons, avec quelque fanatisme en plus, beaucoup de générosité en moins et une arrogance toute nouvelle, l'état d'âme de 1869, tel que, dans nos premiers chapitres, nous faisions effort pour l'étudier. En serait-il donc des partis comme des hommes, chez qui les tares originelles déterminent certaines prédestinations, fatales pour eux-mêmes, et fatales, hélas! pour d'autres que pour eux?

Fondation de la Ligue des Patriotes. — « Mon premier frère est le frère français. » (M. Déroulède.) — L'attitude patriotique des nouvelles écoles primaires; la religion de la patrie (Paul Bert).

— L'idée de patrie et les campagnes électorales républicaines : attaques contre Tultramontanisme et contre les prétendants.

— La religion de la patrie devient une religion de secte (Jean Macé).

« Il est indispensable de concerter tous les efforts de tous les bons Français pour le grand but que l'on se propose : réchaufferie patriotisme

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