Le Livre de la Ligue des Patriotes, p. i
reuse : Mon premier frère est le frère français 1 ». Parler de la sorte, c'était choquer doublement certains membres des gauches ; c'était faire affront à leurs répugnances contre une politique intérieure fondée sur la fraternité des Français, et troubler, en revanche, leurs candides aspirations vers je ne sais quelle politique extérieure fondée sur la fraternité des peuples 2. Mais Gambetta, parce que patriote, avait rendu la République populaire ; il fallait, pour affermir cette popularité, donner à la France, quelques années durant, la menue monnaie ou môme, au besoin, la fausse monnaie de Gambetta. Le parti républicain sut le comprendre, et les fondateurs de h. Ligue des Patriotes, à l'origine, ne rencontrèrent, parmi leurs coreligionnaires politiques, aucunes suspicions trop avouées 3.
On s'accordait à cette date, sur presque tous les bancs de la gauche, pour ouvrir, à travers la France, des écoles de patriotisme : il y en avait
1. Le Livre de la Ligue des Patriotes, p. 29 (discours de M. Déroulède à Rouen, en mai 1883). — Cf., p. 5, cet autre mot de M. Déroulède : « Soyons Français... Quant à la fraternité des peuples, nous en reparlerons le jour où Caïn nous aura rendu ce qu'il nous a pris. »
2. M. Paul Déroulède mettait une préface à un livre intitulé : Avant la bataille, dont le titre seul marquait le sens et l'esprit (Paris, A. Lévy, 18S7).
3. Macé, de temps à autre, rendait hommage à la Ligue des Patriotes (par exemple dans la préface du Manuel de tir de M. Le Roy de Gouberville, p. 6). — «Nous nous faisons concurrence comme deux chevaux attelés à la même voiture», disait-il à M. Déroulède {Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, 1886, p. 348). Mais il refusa toujours, quoi qu'eût souhaité M. George, de délaisser le nom de « Ligue de l'Enseignement» pour ne faire qu'un avec la Ligue des Patriotes {Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, 1884, p. 196: 1885, p. 279). — Quelque temps durant, on associa la mémoire des deux Ligues dans les fêtes de gymnastique et solennités analogues {le Gymnaste, là juin 1883). Au Congrès de la Ligue de l'Enseignement de 1886, le président du Cercle rouennais les traite encore de Sociétés sœurs {Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, I8S61