LA LIGUE DE L ENSE[GNEMENT
risiens en même temps qu'il avait ses dévots. Il fallut plusieurs années pour faire le discernement.
Les évolutions de la Ligne de l'Enseignement : sa période patriotique. — Les deux éloquences de Jean Macé. — Caractère hétérogène du mouvement d'éducation civique et militaire lancé par la Ligue; attaches cosmopolites des «patriotes » qui dirigent ce mouvement. — -. Une initiative « patriotique » et militariste de la maçonnerie ; fusion avec celle de la Ligue. — But véritable de cette initiative : la confiscation des Sociétés de gymnastique par la maçonnerie. — Résistance victorieuse de M. Sansbceuf et des gymnastes. — Déceptions de la maçonnerie.
On se souvient de cette Ligue de l'Enseignement, fondée par Macé sous le second Empire, et qui avait, entre 1865 et 1870, discrètement propagé l'esprit républicain1. Elle avait fait escorte, après la g,uerre, à l'évolution patriotique des gauches : ne fallait-il pas, comme l'écrivait Emmanuel Vauchez, secrétaire général de cette organisation, « poser la Ligue comme institution nationale sérieuse »? La Ligue, à la faveur de cette tactique, avait laissé passer, sans trop d'encombre,
afin que nos enfants, nos soldats, nos concitoyens soient tous aptei à tenir une épée, à manier un fusil, à faire de longues marches, à passer les nuits à la belle étoile, à supporter vaillamment toutes les épreuves pour la patrie... » (Gambetta, Discours, II, p. 23.) 1. Voir, ci-dessus, pp. 47 et suiv.
300 l'œuvre DE LA RÉPUBLIQUE (1882-1895)
le Gouvernement du maréchal, en se faisant, bien modestement, pourvoyeuse de bons livres pour les bibliothèques régimentaires1 ; puis, après le Seize- Mai, elle avait négligé peu à peu sa clientèle militaire, mais en gardant sa posture dégroupement patriotique. Au lendemain du vote de la première loi scolaire de 1882, que la Ligue considéra comme son œuvre2, elle affecta, à l'instigation de M. George, sénateur des Vosges, de prendre l'initiative d'un mouvement d'éducation civique et militaire, qui fit grand bruit3.
Haranguant un jour les Touristes lyonnais, qui se proposaient de « développer parmi la jeunesse lyonnaise le goût et l'attrait des institutions militaires», Macé ne pouvait se défendre de remarquer que, « vingt ans plus tôt, on n'eût pas accueilli partout avec la même faveur cette ligne de leurs statuts4 ». Il avait bonne mémoire; et, s'il avait
1. Compte rendu du Cercle parisien de la Ligue de F Enseignement, 1873, p. 6 ; 1874, pp. 124 et suiv. ; 1875, p. 8 ; 1877, p. 27. — « Le Cercle parisien a coopéré à près de cent soixante-dix bibliothèques régimentaires; il ne pouvait donner à son activité un champ plus vaste ni plus fécond dans les jours troublés que nous venons de traverser, où tant de cercles de la Ligue se sont vus contraints d'interrompre leurs travaux. » (Compte Rendu, 1875, p. 8.) — Cf. Dessoye, Jean Macé et la Ligue de l'Enseignement, pp. 140-155.
2. Sur le vaste pétitionnement organisé par la Ligue en faveur de l'instruction obligatoire, voir Dessoye, Jean Macé et la fondation de la Ligue de l'Enseignement, pp. 96-120 et 185-201.
3. « M. George nous a lancés dans la voie de l'éducation civique et militaire; c'est là maintenant, je puis le dire, l'œuvre capitale de notre Ligue. » (Discours de Jean Macé au Congrès de Tours, le 16 avril 1884, dans le Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, 1884, p. 196.) — « A côté des livres et des cartes qui encombraient déjà nos bureaux de la rue Saint-Honoré, nous avons maintenant des appareils de gymnastique, des fusils et des cibles. » (Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, 1884, pp. 72-73.) — Cf. dans le Compte Rendu du Cercle parisien de la Ligue de l'Enseignement, 1885, pp. 142 et suiv., un long rapport de M. Edouard Huet sur l'éducation militaire.