‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 266 sur 331 · LES COLLABORATEURS DE MACÉ · texte numérisé non relu

LES COLLABORATEURS DE MACÉ

eu souci de mettre sa conscience en accord avec ses souvenirs, il eût compris que ses propres antécédents, ses incorrigibles coquetteries à l'endroit de l'Allemagne, l'élastique largeur de son cœur d'humanitaire, le qualifiaient assez mal pour prendre à sa charge l'éducation civique et militaire de l'enfance française. La France ne connaissait qu'une moitié de Macé — celle à laquelle Macé tenait le moins; — les loges connaissaient l'autre; et le secret maçonnique cachait au public cette contradiction ; et les progrès de l'âge la cachaient peut-être à Macé lui-même. Parlait-il, par exemple, aux instituteurs de Nantes, il leur tenait des propos quasi belliqueux1 ; il avait, pour de pareilles occurrences, des accents de « chauvin », entrecoupés de pleurs; et ces pleurs survenaient à propos pour lui permettre de laisser en suspens des pensées auxquelles il était encore peu familier. Mais prêchait-il à Reims, dans un sanctuaire maçonnique, on avait l'illusion qu'il n'avait point vieilli et la certitude que, depuis vingt ans, il n'avait rien appris : il démontrait que le vrai moyen de se venger de l'Allemagne et de réunir les frères exilés, c'était de donner à l'Allemagne la République2; il ne parlait plus de revanche, mais de propagande démocratique internationale ; et nulles larmes opportunes, alors, n'alourdissaient l'essor de son rêve ; il était trop convaincu pour avoir besoin de paraître ému. La Ligue genevoise de la Paix et de la Liberté, dont les membres

1. Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, 1884, p. 448 : Macé, dans ce discours, souhaite pour l'instituteur français « sa victoire de Sadowa. »

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