Ferry, Discours et Opinions, V, p
3. Voir le compte rendu de ce pèlerinage dans le Mémorandum du rite écossais ancien accepté, 1891, n° 113, pp. 18 et suiv. M. Hubbard s'écria: « Nous sommes arrivés à ce dénouement inévitable de l'unité dans l'humanité, prêché par Garibaldi. Plus de races distinctes, plus de peuples séparés, mais une seule et unique famille humaine, vivant en paix, aspirant au même bonheur. Dans cette œuvre capitale, la franc-maçonnerie peut et doit intervenir puissamment et efficacement. » M. Canzio réclama l'union des races latines ; M. Emile Moreau, député du Nord, délégué du Suprême Conseil, l'union de tous les peuples. — A ce moment même (octobre 1891) éclataient à Rome les incidents du Panthéon, qui furent l'occasion d'un échange d'amitiés entre M. Thulié et M. Lemmi (Bulletin maçonnique, février 1892, pp. 335-336). Sur les rêves maçonniques d'amitié franco-italienne et d'union des « nations sœurs », voir, en particulier : Chaîne d'union, août 1883, pp. 280-281 (discours du F.-. Sartini) ; — Congrès maçonnique international de 1889, p. 174: toast porté par le F.-. Grégoire, fondateur de la Fraternité latine, aux démocrates italiens, futurs défenseurs de la Ligue latine pour la République universelle ; — Rivista délia Massoneria Italiana, 1891, pp. 64 et suiv. (propos du F.-. Dequaire) ; — même Rivista, 1893, p. 108 : échange de cordialités entre les Persistants, de Vintimille, et la France démocratique, de Nice; — même Rivista (1894, pp. 165 et suiv.): le Grand-Orient de France, le 5 juillet 1894, écrit à celui d'Italie que, «des deux côtés des Alpes, les francs-maçons, unis dans un même sentiment de fraternelle solidarité, marchent la main dans la main pour rapprocher de plus en plus leurs deux pays, faire disparaître des malentendus fâcheux et assurer enfin dans l'avenir le rapprochement fraternel et définitif de deux nations que rien ne devrait jamais séparer». Et le Grand-Orient d'Italie répond, le 10 juillet, par des déclarations semblables, ispirandosi al concetto delta universale fratellanza.
344 l'évolution RÉPUBLICAINE (1895-1901)
ce rêve pour une réalité ; et trois de ses harangues, prononcées à Palerme, à Bologne, à Rome1, firent planer sur le cap Corse et sur le Var les plis du drapeau italien ; pour M. Lemmi, il n'y avait plus d'Alpes, comme pour les maçons allemands de la fin de l'Empire il n'y avait plus de Rhin. M. Lemmi avait parlé trop haut ; les profanes de France s'alarmaient; et la rue Cadet crut nécessaire d'envoyer à Rome un monitoire2. Le Grand-Orient italien en excusa l'indiscrétion en prenant acte de la proposition, que lui firent bientôt les Frères français, d'inaugurer un mutuel échange de vues contre le jésuitisme3; l'histoire ne dit pas quelles conclusions en résultèrent. Mais ce que les textes prouvent, c'est que la maçonnerie française trouva toujours à Rome un conseil et un concours pour les deux campagnes qui lui tiennent le plus à cœur, et qui menacent, d'une part, le maintien de notreambas-
1. Les discours de M. Lemmi à Bologne et à Palerme furent publiés dans la Rivista délia Massoneria Italiana, septembre-octobre 1892, pp. 227 et 253 : à Bologne, il demandait que la patrie fût complétée sur les Alpes et sur la mer; à Palerme, il disait: «dos Alpes maritimes aux Juliennes » ; à Rome, il insistait et parlait du cap Corse et du Var... Ce dernier discours fut prononcé au banquet maçonnique de Rome, organisé en face du jubilé du pape, et auquel le Grand-Orient de France avait « fraternellement adhéré » (Rivista délia Massoneria Italiana, février- mars 1893, p. 37; il est publié dans le même numéro, p. 46. — Cf. Rivista délia Massoneria Italiana (juin 1893), conférence du F.-. Cavagnaro à Gênes: Il manque à l'Italie Trente, Trieste, Nice et la Corse
2. Rivista délia Massoneria Italiana, mai-juin 1895, pp. 135-139. — Sur la question niçoise et l'attitude de nos « humanitaires », il est curieux de consulter les Etats-Unis d'Europe (13 novembre 18S0). Un certain Ep. Farini, Italien, ayant demandé s'il peut y avoir une paix pour l'Italie tant que Nice, Trieste et Trente ne seront pas italiens, Charles Lemonnier accorde qu'on peut recommencer le vote plébiscitaire à Nice... Il maintient seulement qu'il n'est pas vrai de dire que le principe de l'indivisibilité nationale ne permette pas à une population italienne de se séparer de l'Italie.
3. Rivista délia Massoneria Italiana, mars-avril 1895, p. 105.