MAÇONNERIES FRANÇAISE ET ITALIENNE
sade près le Saint-Siège1, d'autre part l'intégrité de notre armée2. La Revue de la Maçonnerie, italienne a toujours encouragé ces deux labeurs maçonniques, dont le premier mettrait à mal la France du Levant, et dont le second a mis à mal la France elle-même3.
1. En 1891, la loge l'i^uen^deVincennes, écrit au Grand-Orient de Rome que la tendance de la République est de supprimer l'ambassade près le Vatican (Rivista délia Massoneria Italiana, décembre 1891, p. 305). Voir surtout, à ce sujet, dans le recueil intitulé,': L.-. le Matérialisme scientifique: thèses et conférences (1889-1892), Or.-, de Paris, pp. 223 et suiv. (Paris, Goupy et Jourdan, 1892), le compte rendu de la réception solennelle faite, en 1892, par toutes les loges de Naples, au F.-. Guède, délégué du Suprême Conseil de France. Le F.-. Guède donne lecture d'une planche maçonnique dirigée contre les pèlerins français mêlés à l'incident du Panthéon; puis il proteste que jamais la France ne défendra le Vatican contre l'Italie. Alors le F.-. Panuzzi de lui dire: « Nous suivrons avec intérêt les pas en avant que nos FF.*, d'au-delà des Alpes feront pour soutenir au Parlement français la lutte en vue de l'abolition de l'ambassade de France auprès du Vatican. » Le F.-. Guède répond que « sur cette question comme sur les autres, les maçons français sont en parfait accord avec les maçons italiens ». Rentrant à Paris, le F.-. Guède explique à la loge le Matérialisme scientifique que les Frères italiens pointent avec soin les voix de la Chambre sur la question de la suppression de l'ambassade, et il fait affilier sa loge à une loge napolitaine.
2. Pour connaître l'attitude de la maçonnerie italienne dans l'affaire Dreyfus, lire: Eivista délia Massoneria Italiana : 15 janvier-15 février 1898, p. 5, la circulaire adressée à toutes les loges d'Italie, contenant un ordre du jour de félicitations du Grand-Orient de Rome en l'honneur de M. Zola ; 15 mai-15 juin 1899, pp. 129-130, les lettres de M. Nathan, grand maître, à M. Zola et au colonel Picquart; juillet-octobre 1899, pp. 212- 215, l'article de l'avocat Tuttino sur le procès de Rennes, demandant l'abolition des tribunaux militaires ; même numéro, p. 181, la dépêche de M. Nathan à Mm" Dreyfus sur la conspiration sectaire dont Dreyfus est victime et sur le long martyre héroïquement souffert.
3. La maçonnerie française fut parfois si gênée, aux regards des profanes, par ses amitiés italiennes, qu'en 1894, en même temps qu'elle chargeait M. Amiable de protester contre M. Lemmi au sujet de la question de Nice, elle répandait une déclaration dans laquelle elle niait toute subordination à des influences étrangères (Rivista délia Massoneria Italiana, septembre-octobre 1894, pp. 266-267). — A l'heure présente, le Grand- Orient de France, ayant noué des relations avec la « Fédération maçonnique italienne», maçonnerie de nuance républicaine dont le siège est à Milan, a perdu l'amitié du Grand-Orient de Rome (Rivista délia Massoneria Italiana, juillet-octobre 1899, pp. 182 et suiv.); c'est par l'intermédiaire de la Grande Loge, demeurée, elle, amie de ce Grand-Orient, qu'une partie de la maçonnerie française continue de prendre son mot
346 l'évolution RÉPUBLICAINE (1895-1 901 )
Lorsqu'on saura que cette revue, enl879, applaudissait à la formation de la Triple Alliance1, et qu'en 1897 une loge de Turin fêtait avec dévotion le centenaire de la naissance de Guillaume Ier2, on trouvera naturels les efforts associés de lamaçonnerie italienne et de la maçonnerie niçoise3, pour réchauffer l'intimité entre les Frères français et les Frères allemands : dès maintenant, un succès partiel les arécompensés. Un dialogue assez étrange s'engagea, il y a dix ans environ, entre M. Wittstock, directeur d'école à Leipzig, membre d'honneur de la loge parisienne Injustice, et les publicistes officieux du Grand-Orient : ceux-ci alléguaient la délicatesse de la question d'Alsace-Lorraine pour repousser un certain projet de baiser Lamourette conçu par
d'ordre à Rome {Rivista délia Massoneria Italiana, 15-30 avril 1898 et 16 janvier 1900). — En 1900, à l'inauguration de la loge Maxzini, à San- Remo, un Frère de l'Orient de Nice a auguré que le temps viendrait où la maçonnerie n'aurait qu'un seul Orient, où l'on ne parlerait plus d'Orients italiens et d'Orients français (même Rivista,3l mai 1900, p. 149),
1. Rivista délia Massoneria Italiana, 30 novembre-15 décembre 1879, p. 361.
2. Rivista délia Massoneria Italiana (31 mars 1897, p. 89): « Je ne vous ferai pas aujourd'hui, dit le vénérable de la loge Carour, une commémoration spéciale ; je ne rappellerai pas à mes frères les œuvres qu'accomplirent ces deux grands maçons, Guillaume et son fils; car ces œuvres sont consacrées, d'ores et déjà, dans des séances de commémoration inscrites à nos procès-verbaux, et les documents qui s'y rapportent furent déposés dans des plis, derrière les portraits mêmes de ces deux Frères; nos frères peuvent les y consulter. Mais je crois opportun que la loge Cavour s'associe en esprit, aujourd'hui encore, aux fêtes de la maçonnerie allemande. »
3. En 1891, la loge la Philanthropie ligurienne, de Nice, s'occupa de l'organisation d'une fédération maçonnique universelle et du rapprochement des maçons français et des maçons allemands, et songea même à « entamer des relations amicales avec une loge de Cologw: » ; mais le Suprême Conseil jugea nécessaire d' « examiner les choses à froid... » (Mémorandum du rite écossais ancien accepté, 1891, n" 111, p. 28). — En 1895, à un banquet de la France démocratique, de Nice, la loge de Vintimille et une loge de Berlin sont représentées, et l'organe maçonnique italien note que le bal a un vrai caractère cosmopolite (Rivista délia Massoneria Italiana, mars-avril 1895, p 119).