BUREAU MAÇONNIQUE INTERNATIONAL
une certaine Commission de revision liturgique résolut de maintenir, sous les espèces du symbolisme maçonnique, des liens d'intelligence avec les Frères de tous les pays étrangers1; ce symbolisme est un gage d'internationalisme; et, si la comédie humanitaire a besoin de Dieu lui-même comme comparse, on fera, s'il le faut, rentrer Dieu. Le désagrément qu'il y a, pour des esprits pareillement émancipés, à employer de temps à autre des artifices de sacristie, est compensé, quelquefois, par des jouissances bien délicates : telle la satisfaction qu'éprouva la maçonnerie française, en 1900, lorsque le Congrès international qu'elle avait rassemblé à Paris décida l'établissement, en Suisse2, d'un bureau maçonnique interna-
1. De Heredia expliqua, pour faire maintenir les « épreuves » maçonniques : « Nous appartenons à une société cosmopolite, nous ne pouvons nous désintéresser de ce qui se passe dans les ateliers étrangers. Il y aurait un péril évident à rompre avec leurs traditions. » (Procès-verbaux de la Commission collective des délégués des loges pour la revision constitutionnelle maçonnique. Orient de Paris, juin 1883, p. 37.) — Cf. discours prononcé à la loge de Bône le 14 mai 1882 : « Nous voudrions, dit l'orateur, que tous les peuples fussent frères, et nous les voyons se déchirer entre eux comme des loups pleins de rage » ; et il se félicite du cuite extérieur et des emblèmes, parce qu'ils sont indispensables pour se faire reconnaître des Frères étrangers (Monde maçonnique, décembre 1882, p. 35G). — Ces questions liturgiques ont une si haute importance pour le maintien du caractère international de la maçonnerie, qu'en 1868, les loges suisses ayant caressé l'idée d'une Alliance maçonnique universelle, François Favre insistait auprès d'elles pour que rien dans leurs nouveaux rituels n'y portât préjudice (Monde maconniaue, 1868-1869, pp. 115- 119).
2. Un échange de lettres, en 1893, entre M. Viguier, du Grand-Orient de France, et M. Ducommun, de YAlpina, au sujet des difficultés commerciales qui faillirent alors séparer la France et la Suisse, a inauguré une période de chaude cordialité entre les maçonneries des deux pays (Alpina, 15 janvier 1893, pp. 1-4 et 17-19). M. Viguier. au Congrès maçonnique d'Anvers des 21-24 juillet 1894, se félicita publiquement de cet incident (Conférence maçonnique universelle d'Anvers, 1894, pp. 57-61. Bruxelles, Weissenbruch). — Depuis 1898, M. de Lanessan est garant d'amitié de YAlpina auprès du Grand-Orient de France (Alpina, 30 juin 1898, p. 90).
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tional1. Le secret qui « couvrit » l'assemblée, et qu'aucun imprimé n'a jusqu'ici violé, cache tout autre détail. Ce bureau s'occupera-t-il, surtout, d'aider la maçonnerie suisse à mettre sous la tutelle des Grands-Orients, comme elle y travaille depuis i vingt ans2, le «mouvement d'arbitrage international » ? Il est permis de le présumer ; maisnous préférons sceller notre ignorance par un point d'interrogation, dont l'occultisme maçonnique est seul responsable. Quoiqu'il en soit et quoi qu'il advienne, on peut constater que la maçonnerie française, mettant ses sourires à très bas prix, reprend ses attitudes de 1869 3; oubliant qu'à cette date elle joua le
1. Voir à ce sujet Rivista délia Massoneria Italiana, 15-28 février 1901, p. 38 : le Grand-Orient de Rome se tient à l'écart de ce projet, que peut-être il aurait voulu réaliser lui-même, et essaie de diminuer la portée du Congrès international de Paris, où l'Italie n'était représentée que par un délégué de la fédération maçonnique milanaise.
2. Voir Monde maçonnique (novembre 1880, p. 315), discours du F.*. Philippin à YAlpina, invitant la maçonnerie à chercher les moyens d'arriver à un arbitrage international; — Id. (mars 1881, pp. 376-377) : circulaire du Comité directeur de YAlpina. soumettant la question à l'étude des ateliers; — ld. (septembre-octobre 1881, pp. 251 et suiv.) : compte rendu de la réunion de YAlpina (11-12 juin 1881), où l'on décide, en termes assez vagues, de laisser les loges individuellement s'occuper de ce soin; — Etats-Unis d'Europe (3 mars 1888) : nouvelle invitation adressée par M. Fontaine-Borgel, de Genève, à la loge YAlpina; — Alpina (1892, pp. 17-22, 139, 331) : conférences maçonniques sur la paix; — Alpina (1892, pp. 219 et 278) : efforts de la maçonnerie bernoise pour soutenir l'action de YAlpina en faveur de l'arbitrage, action résolue par le Conseil administratif de YAlpina en octobre 1890; — Alpina
pp. 145-149) : grande conférence du F.-. Ducommun, au temple maçonnique de Genève, sur la paix.
3. En 1894, au Congrès maçonnique d'Anvers, M. Viguier estimait que l'idée d'une fédération maçonnique internationale n'était pas assez mûre (Congrès maçonnique d'Anvers, 1894, pp. 57-G1); en 1900,1e Congrès maçonnique de Paris en a affirmé la maturité. Ce rapprochement suffit pour attester le progrès qu'ont fait, en six années, les idées cosmopolites dans la « mentalité » de la maçonnerie française. — Il est intéressant d'observer que les loges étrangères qui sont sous l'obédience de la maçonnerie française peuvent être représentées au grand convent par des maçons de leurs nationalités respectives, et qu'ainsi ces « Fi ■'•: s > étrangers peuvent entendre lecture des communications du Grand-Orient
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rôle pénible d'une coquette bernée, elle ignore volontairement le caractère national que garde, bon gré, mal gré, la maçonnerie des autres pays ; elle tend ses bras, elle livre son cœur1. M. Lemmi, entre maçons italiens, faisait vibrer des déclarations « irrédentistes », et, vis-à-vis des maçons exotiques, il lançait en l'air des phrases humanitaires; la maçonnerie française, elle, s'attarde et s'enlise dans l'humanitarisme; et le grand « irrédentiste » que fut Léon Gambetta s'y sentirait, aujourd'hui, irrémédiablement excommunié.
concernant la « politique extérieure » de la maçonnerie — communications qui, souvent, dans les comptes rendus, sont dissimulées par des lignes de points, non seulement aux profanes français, mais à la masse des « Frères » français.
1. Comparer l'appui prêté par la maçonnerie italienne à la Société Dante Alighieri, essentiellement nationale et patriotique (Rivista délia Massoneria Italiana, juin 1893, pp. 150-151, et janvier 1895, p. 28), et ce discours prononcé en loge à Portoferraio, en 1S97 : « Le principe de nationalité va diminuant d'importance vis-à-vis d'autres principes plus vastes et plus compréhensifs ; mais, pourtant, l'acquisition de la nationalité est un premier pas vers la fraternité universelle, et c'est pourquoi la famille maçonnique doit regarder avec sympathie la nouvelle affirmation d'italianité faite récemment à Trente par l'érection de la statuede Dante. » {Rioista délia Massoneria Italiana, 28 février 1897, p. 57.)
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Le socialisme et l'idée de patrie. — L'idée de grève militaire : Blanqui, M. Charnay, M. Richard. — L'acceptation provisoire d'un service militaire : MM. Jaurès, Jules Guesde, Deville. — Caractère de leur patriotisme : leurs suspicions fondamentales contre l'armée. — Rapprochement entre l'attitude actuelle des socialistes et l'attitude des républicains à la fin de l'Empire.
En passant de la maçonnerie au socialisme, nous ne faisons que prendre la route volontiers suivie, depuis quelques années, par les notabilités du parti collectiviste1, qui portent au club les haines de la loge et à la loge les rêves du club. Socialisme : le mot est vague, il harmonise beaucoup de nuances, et dissimule d'innombrables divergences. Nous ne prétendons pas ici les analyser; il nous suffira de rechercher, dans les publications socialistes les plus variées, de quel poids pèse la théorie de la lutte des classes dans le conflit entre le patriotisme et l'humanitarisme.
L'armée esclave et opprimée ; suppression de la conscription; enseignement militaire de la jeunesse ;arméenationale sédentaire*: aint. s'intitulait, vers 1880, une petite brochure de pupagande, signée du nom respecté d'Auguste Blanqui. La question du militarisme y était mise à l'ordre du
1. Sur les rapports récents entre la maçonnerie et le parti socialiste, voir Goyau, la Franc-Maçonnerie France, pp. 66-67 et 76-79 (Paris, Perrin, ÏS99).