M. RICHARD ET SON MANUEL
jour avec une rare virulence. Plus d'armées permanentes : car les peuplades noires ignorent ce fléau, et la Grèce et Rome l'ignorèrent ' . Plus d'éducation militaire prolongée : car « il est vingt fois plus difficile de devenir un bon ouvrier mécanicien qu'un général quelconque; le premier lieutenant venu en sait autant qu'un feld-maréchal ; c'est la nature, et elle toute seule, qui se permet çà et là des batailleurs de génie ; et elle n'a pas l'habitude de lesprendre dans desannuaires militaires, où l'on ne ramasse que des zéros lambrissés de croix et de crachats2 ». Nous connaissons ce style; la décadence du xixe siècle nous y a malheureusement accoutumés.
Elles sont d'ailleurs nombreuses et variées, les chansons nouvelles au bruit desquels certains agitateurs socialistes essaient d'endormir la vieille foi patriotique de l'ouvrier ; et telle en est la diversité, que parfois, entre elles, une apparente contradiction semble exister. Entendons, par exemple, M. Maurice Charnay, dans son fameux Catéchisme du soldat, publié en 1893 :1a patrie, pour lui, c'est «le hideux impôt; c'est la loi qui commande, ce maître impersonnel qui nous enlève peu à peu chacune de nos libertés; c'est tout ce qui nous opprime, tout ce que nous devons haïr ; c'est une idée fausse, un mensonge ; ce n'est que le fantôme de la nation 3 » ; et volontiers conseillerait-il aux travailleurs de répudier le harnachement du soldat. Sous une
1. Blanqui, op. cit., p. 13. —Cf. Letourneau {Revue socialiste, juin 1895, pp. 648 et suiv.) célébrant le tempérament antimilitariste des Chinois.