CONGRÈS SOCIALISTE DE LONDRES
Les congrès socialistes internationaux. — Le congrès de Londres (1896) ; déclaration de principes au sujet du militarisme — Le congrès de Paris (1900) ; rapport de Mm° Rosa Luxemburg et résolution pratique contre le militarisme. — « Pas un sou, pas un homme pour les folies guerrières I ». — M. Marcel Sembat et les « camarades allemands ». — Les « camarades allemands » et le patriotisme allemand. — Socialistes de 1901 et républicains de 1867.
Si l'internationalisme socialiste de l'heure présente rejoint en quelque façon l'humanitarisme républicain d'il y a trente ans, il convient d'ajouter, cependant, que les Congrès internationaux qui sont comme les Pentecôtes du socialisme révolutionnaire commencent de s'arroger, à l'endroit du groupe socialiste parlementaire, un droit de direction et de tutelle singulièrement plus redoutable que ne le fut jamais l'influence des Congrès suisses sur l'opposition républicaine de 1867 et de 1869. A Londres en 1896, à Paris en 1900, les fédérations socialistes des divers pays ont détaché des délégués officiels ; et ces délégués, formant un tribunal improvisé, ont mis sur la sellette l'idée de patrie et l'institution de l'armée.
Le Congrès de Londres apporta quelque réserve dans son verdict : il se contenta de définir le rapport qui existe entre le « système capitaliste » et 1' « oppression militaire », de déclarer que les causes principales des guerres sont « les antagonismes économiques auxquels les classes dirigeantes des
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divers pays sont poussées par le mode de production », et de réclamer l'institution d'un tribunal arbitral nommé par le peuple, la dévolution au peuple du droit de guerre ou de paix, enfin « la suppression simultanée des armées permanentes et l'armement général du peuple1 ». L'idée d'une grève militaire, soutenue par le représentant français du parti ouvrier socialiste révolutionnaire, fut repoussée a ; l'on évinça, aussi, une résolution aux termes de laquelle la guerre devait être combattue par les moyens révolutionnaires3, et l'on mit en disgrâce, enfin, un amendement tendant à la suppression des frontières et à la « nécessité d'une propagande auprès des patriotes inconscients pour les débarrasser du chauvinisme stupide 4 ». Bref, au Congrès de Londres, on se borna, ou à peu près, à des déclarations de principes ; et l'on se montra plus timide, en ce qui regardait l'action pratique, que ne l'avaient été, vingt-huit ans auparavant, en terre helvétique, les Jules Barni et les Ferdinand Buisson.
Le Congrès de Paris de l'an 1900 semble avoir inauguré, d'une façon décisive, la période de l'action : c'est pour la première fois, comme l'indiqua l'un des délégués belges, le citoyen Volkaert, qu' « un Congrès socialiste a pris des résolutions pratiques pour combattre le militarisme5 ». Les
1. Hamon, le Socialisme et le Congrès de Londres, pp. 268-269 (Paris, Stock, 1897).