DEUX CONCEPTIONS DE LA FRANCE
n'ont une patrie que par la liberté... Bonaparte tombé, la France reparaît1. »
Nous avons accepté de nous unir à la France ; qu'est-ce que la France? Non sans quelque impertinence, certains politiciens de la Savoie discutaient ce problème en cette année 1872 où Gambetta, en une sorte de promenade triomphale, sembla prendre acte, au nom de la République, du don que la Savoie avait fait d'elle-même à l'Empire français.
Il entendait M. Dubouloz, conseiller général du canton de ïhonon, lui déclarer que tous les Savoyards étaient dévoués à la France, mais à la France républicaine, et que, « si le malheur des temps voulait que la France retombât sous quelque monarchie cléricale ou militaire, il ne serait pas impossible que la Savoie tournât ses yeux vers la Suisse et fît choix pour sa patrie du pays où règne la liberté2 ». Il entendait M. François Dumont, de Bonneville, risquer cette déclaration significative : '< Nous ne sommes plus tout à fait comme nos pères qui aimaient la France avant la République ; nous aimons la République avant la France3. » Il entendait M. Duboin, substitut, proclamer que la Savoie, « qui a eu sous les yeux l'exemple de la Suisse », est « indissolublement, nous l'espérons, attachée à la France, mais tant que la France sera républicaine4 ». Gambetta laissait dire; puis, relevant le gant, il rappelait