‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 316 sur 331 · Paris, Perrin · texte numérisé non relu

Paris, Perrin

un semeur colossal qui s'avance, le front auréolé par un reflet du Sinaï, dans l'incommensurable champ des siècles... Le semeur biblique est encore loin d'avoir fini sa journée ; mais, à chaque pas qu'il fait en avant, il y a autour de lui toujours plus de lumières, toujours plus d'apaisement, toujours plus d'harmonie et de concorde. » Ainsi parlait en 1889, à Nancy, l'un des prédicateurs les plus distingués du judaïsme actuel, M. Isaac Bloch1 ; ainsi se plaisait-il à dessiner une sorte de filiation entre l'antique et immortel judaïsme et le jeune humanitarisme révolutionnaire. Le judaïsme contemporain a fait descendre son Messie du ciel sur la terre ; il ne l'attend plus sous la forme d'un prophète envoyé par Jéhovah pour rassembler l'humanité dispersée ; le Messie nouveau est immanent à cette humanité ; il est en quelque façon, comme le Dieu de Renan, un perpétuel devenir ; il est l'humanité elle-même se perfectionnant, se pacifiant, se débarrassant de tous obstacles, se déblayant de toutes frontières ; il sera la résultante finale de l'humanitarisme victorieux. Rappelons-nous le mot de Bossuet à propos du règne de Clovis : « Dieu montrait qu'il voulait que les conquêtes des Français étendissent celles de l'Eglise » ; le conflit des deux Frances serait-il le conflit de deux messianismes ?

Un an s'est écoulé depuis ce Congrès symbolique où les représentants de l'humanitarisme universel essayèrent d'intercaler leurs imaginations et leurs ambitions dans la politique nationale de notre

1. Isaac Bloch, Sermons, pp. 136-13"/ iParis, Durlacher, 1898).

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