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LA CAMPAGNE ANTIMILITARISTE

lesse d'Ernest Renan, tout comme il emprunte à l'auteur de la Vie de Jésus, pour en faire l'épigraphe de son livre, ce propos qui mérite mémoire : « Je n'aurais pas été soldat; j'aurais déserté ou je me serais suicidé. » Mais ce qu'on ne peut se défendre de trouver étrange, et ce qui nous amène vraiment à nous demander de qui l'on se raille, c'est que, depuis trois ans, nos Universités populaires, nos prétendus groupements d'éducation « démocratique », en instituant poui leurs confiants auditeurs des conférences « antimilitaristes », offrent à des raffinés et à des blasés ce suprême plaisir de faire applaudir par de braves gens du peuple — de ce peuple qui leur répugne — les nausées qu'à la caserne ce peuple leur a données. Ils abhorrent, dans la caserne, cette camaraderie qui est l'expression militaire de l'idée de fraternité; et vous les voyez, redevenus civils, s'ingénier à colorer leur rancœur à l'aide d'arguments anthropologiques, évolutionnistes, sociologiques, politiques.

Ils citeront M. Bancel, l'un des fondateurs de la Coopération des Idées, qui explique que « le service militaire est une sélection à rebours et la cause de la dégénérescence humaine1 » ; ou bien ils pilleront les érudits pamphlets de M. Hamon pour en conclure avec lui que la profession militaire est une preuve de la descendance sauvage,

1. Enquête de l'Humanité nouvelle, p. 7. — Pour M. Jean-S. Barès (Id., p. 9), le militaire est «un paresseux qui vit sans produire». — Pour M. Chateauvieux {Id., pp. 36-37), « le militarisme est la sélection des derniers Mohicans de la Barbarie, l'embrigadement parasite d'une légion de galonnés végétatifs, le corollaire du fanatisme religieux, le plus merveilleux instrument d'abrutissement des races civilisées ».

que l'officier est amené « à une anesthésie morale qui se complique souvent d'analgésie physique », et que le métier des armes déforme l'homme jusqu'à en faire une brute et le chef jusqu'à eu faire un monstre1; ou bien encore ils demanderont à M. Ferrero et à M. Colajanni les dernières hypothèses de l'anthropologie lombrosienne 2. Tolstoï aussi vient à la rescousse ; c'est une belle âme, qu'on aime à mettre en avant; mais, comme il allègue des incompatibilités radicales entre le christianisme et le port des armes3, on lui donne bientôt congé, d'abord parce qu'on se soucie peu du christianisme, et puis parce

i. Hamon, Psychologie du militaire professionnel^P&ris, Stock). — Cf. Enquête de l'Humanité nouvelle (p. 91) : opinion de M. Rainaldy : « En sortant de la caserne, l'homme est mûr pour la vie! Oui! tellement mûr qu'il risque de pourrir!»

2. Guglielmo Feriero, Le militarisme et la société moderne, trad. Xino gamaja (Paria, Stock, 1899.) — Nos antimilitaristes doivent, d'ailleurs, prendre quelques précautions pour manier en leur faveur l'évolutionnisme; car M. Basch (Enquête de l'Humanité nouvelle. 11) fait observer que l'hypothèse évolutionniste part de l'idée de guerre et aboutit à cet instinct; et, tandis que M. Novicow estime que la guerre fut toujours une cause de recul et d'évolution à rebours, M. de Molinari admet qu'elle eut réellement une période d'utilité et de grandeur en assurant la survivance des races les plus robustes (Voir Enquête de l'Humanité nouvelle, p. 177).

3. Voir, en particulier, l'Esprit chrétien et le Patriotisme (Paris, Perrin, 1894) et le Salut est en vous, pp. 199 et suiv. (Paris, Perrin, 1895). — Sur l'attitude de l'Eglise à l'endroit du port des armes, on peut consulter, — à rencontre du livre de M. Jean de Triac (Guerre et Christianisme, Paris, Didot), qui admet la thèse de Tolstoï, — le premier chapitre de la Chevalerie, de M. Léon Gautier (Paris, Palmé), et surtout un très curieux opuscule de H. Kuenstle : Zwei Dokumente :ur altcluistlichen AJilitârseelsorge (Mayence, Kirchheim, 1900). M. Kuenstle, après avoir opposé aux exagérations de Tertullien dans le Le idolatria et dans le De corona, la lettre 189 de saint Augustin au comte Bonifacius (Patrologie Latine, xxxm. S.ï4), met en relief, d'une part, une lettre pastorale de Fulgentius Ferrandus, diacre de Carthage, au général Reginus (Patrologie Latine, lxvii, 928] sur les devoir! du dux relujiosus in a?-tibus militaribus ; et, d'autre part, une Efistola consolatoria ad < bellum, écrite sans doute en Espagne au début du vin* siècle et publiée pour la première fois dai.- la*ea Tironianade "Wilhekn Schmitz (Leipzig, ïeubner, 1896, pp. 26-28.)

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