Enquête de YBumanitê nouvelle, pp
LES ARGUMENTS DE M. HAMON 38b
transporter loin de leur lieu de naissance1. » C'est justement ce qu'observait il y a quinze ans le perspicace auteur des articles sur V Armée et la Démocratie2, et il en concluait, pour sa part, comme le faisait encore récemment la voix républicaine de M. Gavaignac, qu'il était indispensable de ne point affaiblir l'esprit militaire et de développer chez le soldat, par une longue éducation, le sentiment des liens de solidarité qui continuent de l'unir à sa patrie. Mais M. Hamon, lui, conclut tout autrement : « La masse prolétarienne, dit-il, n'a aucun intérêt à être patriote, à rendre un culte à cette entité indéfinie, embrouillardée, qui est la patrie3. » Dès lors, faisons savoir au prolétaire que les conséquences d'une défaite intéressent peu sa destinée, et que son bien personnel ne lui commande point de se battre ; il ne se battra plus. Voilà F avant-dernier mot de la propagande antimilitariste 4 : c'est une leçon de lâcheté, qui fait intervenir l'égoïsme comme mobile.
En un pareil tournant, c'est un vilain spectacle que celui de l'humanitarisme. L'homme qui faillit à son devoir aime bien se donner l'illusion d'un
1. Patrie et Internationalisme (libr. des Temps nouveaux, 1866), p. 18.