CIVILISATION RIGIDE ET FLUIDE
conscience «rigide » de Jean Oberlé, c'était lepassé; le cœur « fluide », de Lucienne Oberlé1, voilà probablement l'avenir... Dans cette civilisation fluide dont on nous fait augurer l'avènement, ce n'est pas seulement la France qui disparaît, c'est tout ce qui fait le prix de la vie; ce sont toutes les idées et toutes les vertus que la société humaine aimait à considérer comme son honneur et comme sa gloire. Le divorce fut le premier symptôme de cette fluidité2, et l'on a fini par s'apercevoir que le dernier triomphe de l'amour libre, c'est de tuer l'amour. Le dernier triomphe de l'humanitarisme sera d'enlaidir l'humanité en la dispensant de cette divine souffrance, le devoir — de cette souffrance qui fait en quelque mesure coopérer chacun de nous à la rédemption d'autrui.
La France, à son tour — vieille France de Jeanne d'Arc ou jeune France de Gambetta — se lasserait bientôt d'elle-même et finirait par lasser l'humanité, si, faisant bon marché de sa « rigidité » nationale, elle s'abandonnait au rêve « fluide » de devenir la cité du genre humain au lieu de rester, avant tout, la patrie des Français, si elle aspirait à être une Grèce de décadence, à plagier le cos-