‹ L'idée de patrie et l'humanitarismeChapitre 34 sur 331 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

cœur à la fraternité universelle et l'esprit à la grande pensée humanitaire. C'est ainsi qu'à la place de ce patriotisme qui creuse une ligne de démarcation entre le Grec et le barbare, se compose d'orgueil et d'ignorance, de rivalités et d'antipathies, de rancunes et de craintes, s'est introduite cette tendresse vague pour le genre humain, laquelle trouve pénible et trouvera bientôt injuste de refuser aux singes le titre de nos concitoyens. Auprès d'elle, le patriotisme est une religion stationnaire et un sentiment rétrograde. Habillée de philosophie, cette haute vertu allait absorber peutêtre le patriotisme, si celui-ci n'avait reparu à l'improviste sous la forme des « nationalités » et des races1. »

C'est avant 1870 que Challemel-Lacour confiait à la discrétion de ses tiroirs ce testament de son pessimisme : encore que vieilles de plus de trente ans, les lignes que nous venons de citer s'appliqueraient, avec je ne sais quelle vérité plus crue, à la situation contemporaine ; et dans le chapitre de ses Opinions à répandre2 où M. Jules Lemaitre envisage l'humanitarisme français sub specie Europœ^ le fondateur de la Ligue de la Patrie Française parle exactement comme Challemel- Lacour ; car les faits sont là, indéniables, et gros de conclusions. L'impérialisme allemand nous impose le spectacle de son expansion coloniale. L'impérialisme anglais tient désormais peu de compte de ces maximes de « libéralisme »

1. Étude» et Réflexion* d'un pettimitte, pp. 186-187. (Paris, Fasquelle, 1901).

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