INTRODUCTION XXXV
international à l'abri desquelles le Gouvernement de la Grande-Bretagne poursuivait sans fracas ses conquêtes; la politique d'usurpation et de tyrannie est désormais nettement avouée. Les États-Unis, que l'on contemplait comme un prototype de la future fédération européenne, s'abandonnent, eux aussi, a une variété d'impérialisme. Dans les litats plus composites, plus hétérogènes, les races en travail paraissent épier l'heure d'on ne sait quel enfantement national : lisez, par exemple, en ce qui concerne l'Autriche, le livre révélateur de M. André Chéradame^il vous montrera, par un opulent réseau de faits, comment les Allemands continuent à « lever dans le monde le drapeau de la politique ethnographique et archéologique en face de la politique libérale2 ». Des frontières qui se hérissent, des conquêtes qui se préparent lors même qu'elles se déguisent, des susceptibilités politiques qui s'exacerbent : voilà le bilan du monde — de ce monde où la France, tant qu'elle est la France, doit parler et agir.
Cette insurrection des nationalités et des races n'est-elle qu'une crise passagère, ou, tout au con traire, marque-t-elle le début d'une période nouvelle de l'histoire? Ce n'est point ici le lieu d'en discuter, et d'oser donner tort ou raison à cette affirmation de Renan — l'une des dernières tombées de sa plume — que, « dans cinquante ans, le principe national sera en baisse3 ». Quoi qu'il
1. Chéradame, l'Europe et la question d'Autriche au seuil du XXe siècle (Paris, Pion, 1901).
2. Renan, la Rêfoirme intellectuelle et morale de la France, p. 199.