XXXVI INTRODUCTION
doive advenir dans cinquante ans, c'est en regardant l'Europe actuelle et en y adaptant sa politique que la troisième République a pris un rang dans l'histoire et a rendu à la France un rang en Europe. « Je ne cherche pas, disait un jour Ferry, à appliquer à une Europe comme celle d'aujourd'hui, enivrée pour ainsi dire d'esprit de nationalité, ébranlée et travaillée jusque dans ses moelles par des pensées et des préoccupations guerrières, je ne cherche pas à lui appliquer les principes de notre innocente jeunesse *. » Et Ferry avait raison: c'est en désertant les principes de leur « innocente jeunesse » que les hommes d'Etat de la République avaient fortifié le régime et fait respecter la patrie.
Les récentes discussions parlementaires sur les affaires de Chine ont attesté que le mot de Ferry avait besoin d'être de temps en temps rappelé. M. Ribot continuait cette haute tradition politique lorsqu'il expliquait à la Chambre, le 18 novembre 1901, que «jouer le rôle d'Etat neutre, s'isoler, vivre en quelque sorte à part de l'Europe, serait une contenance indigne de la démocratie française ». Et c'était encore cette même tradition, ainsi perpétuée par M. Ribot, qui soudainement était reprise par le Président du Conseil lui-même, en son discours du 19 novembre.
« On peut sans doute, déclarait M. Waldeck- Rousseau, concevoir la création dans l'espace d'un pays idéal, assez heureux pour se suffire, n'ayant pas de passé, n'ayant pas de rivaux ; échappant