LA SECONDE RÉPUBLIQUE
La seconde République. — Conquérants sédentaires et «voltigeurs de la gloire». — Les premières manifestations du mouvement pacifique international ; Congrès de Bruxelles, Paris, Francfort (1848-1850); nuances d'attitude des congressistes anglais et des républicains français.
La République de 1848 hérita des maximes de la République de 1792 *. « Nous aussi, écrivait à cette date Jean Macé dans son opuscule de propagande : les Vertus d'un Républicain, nous allons être des hommes historiques. Le vent qui passera sur la France se chargera d'emporter par delà les fleuves et les montagnes les germes fécondants destinés à faire éclore les républiques. Nous ferons la conquête du monde sans quitter nos femmes et nos enfants ; et si l'étranger reparaît dans nos murs, ce sera le myrte et l'olivier à la main, pour fêter en famille le salut de l'humanité. » Jean Macé semblait augurer que le seul rayonnement des principes révolutionnaires, derechef proclamés à Paris, ferait pâlir le front des rois et resplendir, à la face de tous les peuples, l'aurore de la liberté, cependant que l'épée du garde national resterait
1. Une brochure paraissait à cette époque, intitulée le Béveil des Peuples, dédiée à Lamartine, et signée « J.-L.-M. Prud'homme », où l'auteur montrait, en une suite de tableaux, la France appelant le monde à la fraternité, l'Italie se réveillant, la Prusse s'agitant, la vieille monarchie d'Autriche épouvantée, le czar tremblant, et les Polonais... assurés d'avoir bientôt la terre pour patrie. Paris, librairie littéraire et politique,
pacifiquement au fourreau l. D'autres, au contraire, parmi les républicains de l'époque, ne répugnaient point à la pensée d'ensanglanter quelque peu l'étendard qu'ils levaient contre les tyrannies : ils subissaient les sarcasmes de Lamartine, qui, dans son livre : le Passé, le Présent et V Avenir de la République, les appelait des « voltigeurs de la gloire, des tapageurs de l'histoire ancienne, des parodistes inintelligents de la Convention et de l'Empire2 ».
Quoi qu'il en fût, parmi les républicains de 1848, entre ceux qui mettaient toute leur confiance dans les affinités naturelles ou électives des peuples et ceux qui croyaient indispensable de faire intervenir la force au service des nationalités menacées ou opprimées, il y avait divergence quant à l'action pratique ; mais, de part et d'autre, on caressait le même idéal et l'on prenait essor vers les mêmes cimes, dont Lamartine lui-même, peu d'années auparavant, avait, dans la Marseillaise de la Paix, dessiné les augustes contours. De fait, les résultats furentnuls : la seule opération politique combinée par la diplomatie française sous la seconde République fut l'expédition de Rome, qui passa pour un soufflet aux maximes de fraternité humanitaire et pour une négation de la sainte alliance des peuples.
Mais c'est de cette époque, c'est de la plantation des arbres de la liberté que datent les pre-
1. Les Vertus d'un Républicain, pp. 62-64 (Paris, Fume, 1848).
2. Le Passé, le Présent et l'Avenir de la République, p. 71 (Pans, Jibr. du Conseiller du peuple).