BISMARCK DÉFINI PAR GARNIER-PAGÈS
plaidant pour la Pologne et approuvé quelques phrases du Berlinois Jordan, cavalièrement malveillantes pour cette nation déchue1, Garnier- Pagès eût répondu, sans doute, qu'il manquait à la démocratie allemande, à cette date, ce complément d'éducation cosmopolite dont la démocratie française était la meilleure dispensatrice. Et si, lui faisant une objection plus prochaine, on le conviait à observer l'avènement d'une figure historique nouvelle, M. de Bismarck, Garnier- Pagès, le 15 mars 1867, répondait en toute sécurité : « Bismarck a entrepris une chose impossible; il ne la réalisera pas; il n'a rien fondé de durable, rien qui puisse nous inquiéter2. » Volontairement, il était en retard de vingt ans ! et le voyage qu'il avait fait en Allemagne, au moment de la guerre des Duchés, avec son ami Desmarets, avait achevé de l'aveugler. Se laissant circonvenir par ses idées préconçues comme Catherine II par Potemkine, il savait, de science antérieure, que Bismarck n'était qu'un épouvantail fallacieusement dressé par les rois pour faire s'entre-tuer les peuples ; et il ne voyait rien, il n'entendait rien que ce que ses généreuses illusions lui permettaient de voir et d'entendre. M. Bochefort, qui fut plus tard collègue de Garnier-Pagès au gouvernement de la Défense nationale, passait à Francfort en 1866, et, de là, il écrivait au Soleil du 12 septembre 1866 : « Nous trouvons le général Manteuffel passant une revue. On fait faire des manœuvres tous les matins, nous dit l'hôtelier, parce
1. Voir Emile Ollivier, l'Empire libéral, I, p. 489 (Paris, Garnier, 1805).