Moniteur, 11 décembre
2. L'empereur, parlant, en juin 1868, aux troupes du camp de Cbâlons, à l'occasion de l'anniversaire de Solférino, leur disait : «Vous maintiendrez l'esprit militaire, si nécessaire à un grand peuple. L'esprit militaire, c'est le triomphe des nobles passions sur les passions vulgaires; c'est la fidélité au drapeau, le dévouement à la patrie. » (Taxile Delord, Histoire du second Empire, V, p. 479.)
son pays natal, le faire changer fréquemment degarnison; l'obliger à demeurer dans une caserne, l'astreindre à la vie commune; l'affubler d'un uniforme, lui faire porter le sabre, même dans la vie ordinaire, au milieu d'une population à laquelle le port des armes est soigneusement interdit; lui donner des lois qui diffèrent de la loi commune, des juges qui ne sont pas ceux des autres citoyens, lui inculquer de certains principes qu'on aurait tort d'inculquer au reste de la nation et qu'on est obligé de lui inculquer à lui; lui dire, par exemple, que son premier devoir est d'obéir immédiatement et sans réflexion à ses chefs, — jeneblâme rien, je constate, — tout cela résulte du principe des armées permanentes, et tout cela fait l'esprit militaire... En parlant ainsi des conditions de l'esprit militaire et de la façon dont vous le formez, je ne vous reproche pas de vous tromper, mais d'être conséquents avec un système déplorable et de substituer chez le soldat l'esprit militaire à l'esprit national.
M. Eugène Pelletan. — C'est l'esprit prétorien. (Bruit.) M. Jules Simon. — Quand je dis que l'armée que nous voulons faire serait une armée de citoyens et qu'elle n'aurait à aucun degré l'esprit militaire, ce n'est pas une concession que je fais, c'est une déclaration, et une déclaration dont je suis heureux, car c'est pour qu'il n'y ait pas en France d'esprit militaire que nous voulons avoir une armée de citoyens qui soit invincible chez elle et hors d'état de porter la guerre au dehors... S'il n'y a pas d'armée sans esprit militaire, je demande que nous ayons une armée qui n'en soit pas une. (Rires et mouvements divers.) M. Eugène Pelletan. — Pas d'armée prétorienne * \
Telle était la doctrine : elle se traduisait en votes Lorsque, à la fin de 1866, une Commission instituée au Ministère de la Guerre proposa un appel annuel de 160.000 hommes et la création d'une garde nationale mobile, l'Empire espérait s'assurer, par le