L OPPOSITION ET LE PROJET NIEL
vote de cette loi, 1.232.000 hommes bien armés, dès le quinzième jour qui suivrait une déclaration de guerre. L'opposition fut si violente que, de luimême, il amenda son projet en réduisant à 800.000 le chiffre des contingents ainsi disponibles et en diminuant les obligations de la garde mobile en temps de paix. Ce fut, d'ailleurs, la seule victoire des adversaires de l'esprit militaire ; le projet ainsi amputé devait, en 1869, devenir une loi. Mais « l'histoire dira, elle a déjà dit, écrit M. Henry Houssaye, que les députés qui combattaient avec tant de passion ou tant d'imbécillité la grande réforme militaire du maréchal Niel eurent leur part de responsabilité dans le désastre des armées impériales1. »
Ce fut, en effet, un déchaînement de passion. La gauche, le 15 novembre 1868, se réunissait chez Jules Favre pour flétrir, dans le projet de loi, « une double menace contre la paix et la liberté », et pour réclamer la nation armée et ayant seule le droit de déclarer elle-même la guerre2. La garde mobile que souhaitait Niel aurait pu paraître, en quelque mesure, un acheminement vers l'établissement de cette armée de citoyens; mais l'éducation militaire que Niel lui voulait donner indignait l'opposition. Des gardes nationaux astreints à faire l'exercice le premier et Je troisième dimanche
1. Echo de Paris, 6 février 1900. — L'empereur avait dit très nettement: dans son discours du 14 février 1867 : « Les conditions de la guerre étant changées, elles exigent l'augmentation de nos forces défensives, et nous devons nous organiser de manière à être invulnérables... L'influence d'une nation dépend du nombre d'hommes qu'elle peut mettre sous les armes... »