Taxile Delord, op. cit., V, pp
de chaque mois et à passer tous les six ans trente jours dans un camp, c'est à quoi Ernfst Picard voulait ramener la réforme. Jules Favre montrait avec scandale cette perspective d'une France entière disciplinée et n'étant plus qu'une caserne au lieu d'être un atelier. Fort dédaigneux des observations des spécialistes, — des prétoriens, comme l'on disait, — Garnier-Pagès, plus compétent qu'eux parce que représentant du peuple, Brandissait l'exemple des 380.000 gardes nationaux de 1848, dont l'impressionnant défilé avait fait dire à certains ambassadeurs : « Paris est imprenable! » Et Jules Simon lançait cet axiome : « Inutile au dedans pour la justice, le soldat n'est même pas nécessaire à la frontière. Un pays qui a des citoyens est invincible ; cette terre enfante des vengeurs et des héros, comme un champ fertile qui donne par année deux moissons1. » On avait assez, d'ailleurs, d'entendre toujours parler de guerre; et cela finissait par agacer Garnier-Pagès ; c'est pour « faire des dérivatifs, disait-il, pour des avantages particuliers, pour des épaulettes, qu'on voulait la guerre... La guerre, c'est l'anarchie par le haut, la pire de toutes les anarchies, l'anarchie de la force. Le droit de la guerre, vous l'appelez, quand c'est du petit au grand, un brigandage; et moi, quand c'est du grand au petit, je l'appelle une infamie. Si la guerre défensive est le plus saint des devoirs, la guerre offensive est le plus grand des crimes2. »
Cette distinction revient souvent dans les publi-