INTRODUCTION
fleur de sol, mais d'épier aussi les filons souterrains qui rattachent les uns aux autres ces divers points d'émergence.
« Droit nouveau, principe des nationalités, politique libérale et démocratique » : tels étaient les mots fascinateurs dont, à la fin de l'Empire, la France se laissait griser; l'ombre qu'ils projetaient sur nos cerveaux nous empêchait de voir qu'à l'abri de ces mêmes mots, Bismarck aménageait le berceau de l'Allemagne. C'est en vain que Prévost-Paradol, Edouard Hervé, Jean-Jacques Weiss, on pourrait ajouter Louis Veuillot, « criblaient de leurs flèches étincelantes ce prétendu droit nouveau qui signifiait simplement le droit pour les autres de tout prendre, et cette politique soi-disant démocratique et libérale, qui nous conduisait à présenter, de nos propres mains, aux fils des vainqueurs de Rosbach, les clefs de Hanovre, de Dresde et de Francfort » ; c'est en vain qu'ils « accablaient d'une ironique pitié les adresses de la Ligue de la Paix aux étudiants d'outre-Rhin», au moment même de l'affaire du Luxembourg; et c'est en vain qu'ils nous montraient Bismarck « mordant à belles dents, suivant le conseil de Méphistophélès, dans les fruits d'or de l'arbre éternellement vert de la vie, et laissant, à qui voulait les ramasser, }es théories stériles et grises1». Pour ramasser ces théories, presque tout le monde en France s'em-
1. Paul Deschanel, Discours de réception à l'Académie française, pp. 15-17 (Paris, Perrin, 1900).