VI INTRODUCTION
pressait; l'opposition, surtout, qui, n'ayant pas la responsabilité du pouvoir, pouvait plus impunément être doctrinaire, se fabriquait une Europe de rêve et une politique de rêveries, que les deux premiers chapitres de ce livre font effort pour reconstituer. « Nous voulons une armée qui n'en soit pas une,» écrivait Jules Simon. 11 disait encore, à la séance du 17 juillet 1868 : « L'armée, puisqu'on dit qu'il en faut une... ! » Les gauches applaudissaient à ce doute ; elles y trouvaient motif pour combattre les projets militaires du pouvoir. « Ce n'est pas qu'elles manquassent d'intelligence ou de patriotisme, explique à ce sujet Victor Duruy; mais elles ne songeaient qu'à désarmer l'Empire pour le mieux renverser; si elles étaient bien loin de souhaiter une défaite de la France, elles redoutaient certainement une victoire de l'Empereur1. » D'autre part, elles réclamaient théoriquement le désarmement universel; leur politique extérieure et leur politique intérieure les induisaient dès lors à une seule et même conclusion pratique; et Caro put écrire, au moment de nos désastres, qu'elles avaient « préparé de toutes leurs forces, en fait, le désarmement de la France2 ». Jules Simon, encore, eut à ce sujet un mot inoubliable : « Le parti du désarmement, déclarait-il, n'est déjà plus un parti, c'est presque une religion3. » Un futur député d'Eure-et-Loir, Noël Parfait, versifiait, aussi bien que possible, un hymne à cette foi nouvelle; il
1. Duruy, Note* et souvenirs, H, p. 152 (Paris, Hachette, 1901).
2. Caro, Les Jours d'épreuve, p. 114 (Paris, Hachette, 1872).
3. Jules Simon, la Politique radicale, p. 21 (Paris, Lacroix, 1869).